C'était la star jazz annoncée de cette 33e édition du Festival de Montreux. Brad Mehldau n'est pas venu, pour raisons de santé. Pas de chance. Pour Montreux, dont la partie jazz (on s'excuse d'insister, mais le festival s'affiche tel) n'aura jamais été aussi mince. Pour le public, dont la déception est proportionnelle à la campagne délirante orchestrée autour du jeune prodige. Son aura sort d'ailleurs renforcée de cette soudaine inaccessibilité. Comme quoi le business a toujours le dernier mot. Et puisque the show must go on, Montreux palliait le désistement de la star montante par le recyclage d'un vieux de la vieille: pas George Duke pourtant en coulisse, on revient de loin, mais Bob James, plutôt convaincant en pianoteur de standards façon «Lost April». Surtout quand il a la bonne idée de s'assurer les services du crooner maison (on est entre gens de la Warner) Kevin Mahogany, très présentable en clone ventripotent de Billy Eckstine-Johnny Hartman. Autre trop bref petit tour: celui de Mark Turner, le moins calculateur des jeunes loups du saxophone. A suivre de près.

Le calcul, Kenny Garett connaît. Si l'ex-Miles Davis s'est montré beaucoup plus vigoureux que dans sa dernière pochade en studio, sa musique déborde d'exercices de style (un «Giant Steps» à la vitesse supersonique) aussi vite oubliés qu'applaudis. Même effet régénérateur du bain public sur le duo Larry Carlton-Kirk Whalum, provisoirement guéris de leur anémie lancinante. Beaucoup d'énergie… pour quel combat? Résultat incolore, inodore et garanti sans effets secondaires. Mais ça fait du bien par où ça passe. On a bien sûr quitté le champ de la création.

M. B.