Concert-marathon du saxophoniste Sonny Rollins, mardi, pour l'ouverture du 19e Festival «Jazz à Vienne» (Isère).

Entrée en scène: 20 h 30. Dernier bis: 0 h 15. Entracte: 20 minutes… Rollins en chiffres, c'est le jazz en fête. L'antibusiness à l'américaine, où chaque demi-note se négocie âprement sur fond de rallonges de cachet. Trois concerts par été, c'est la mesure que se fixe désormais le colosse du saxophone. Avec une exigence précise: personne d'autre à l'affiche. Mégalomanie? Il y a bien sûr l'idée qu'un concert de Sonny Rollins, ça se mérite. Le message passe cinq sur cinq: aucune pierre ancestrale du Théâtre Antique de Vienne, unique point de chute européen du saxophoniste, qui n'accueillît tant bien que mal son fessier lors du concert-marathon de mardi. Du jamais vu, même aux grandes heures de l'Empire romain. Mais il y a dans cette apparente stratégie manipulatrice bien plus qu'un calcul de diva nombriliste: la démesure festive, si elle a pris différentes formes au cours de sa carrière, est inscrite depuis toujours dans la musique de Rollins. Elle semble même, l'âge venu, plus pressante que jamais. Pas de meilleur moyen, pour en favoriser l'émergence à l'abri des pressions, qu'une raréfaction des apparitions et le monopole d'une soirée. On est tenté d'ajouter: et la scène à ciel ouvert, tant est grand désormais l'écart entre le Rollins convenu des salles de concert et celui, débridé, du plein air. Un appétit de jouer qui culmine dans ces incroyables calypsos triturés jusqu'au dernier lambeau: l'impression, mardi, où certains d'entre eux dépassaient la demi-heure, d'un félin jeté dans un sac de chorus dont il tente de trouver l'issue à coups de reins et de griffes toujours plus sauvages. Pour le seconder dans ce combat ludique, un «band» tout aussi composite que par le passé: l'inodore Bob Cranshaw à la basse, le toujours aussi assommant Clifton Anderson au trombone modéraient par chance leurs ardeurs de solistes au profit du passionnant Stephen Scott au piano, seul véritable interlocuteur du maestro.