Un week-end de concerts à Verbier: James Levine, Evgeny Kissin, Quatuor Emerson, Leon Fleischer… (les 23 et 24 juillet, salle Médran)

Sans avoir en Europe l'aura de star que lui ont donné, aux Etats-Unis, ses vingt-sept ans à la tête du Metropolitan Opera de New York, James Levine faisait sa première apparition à Verbier. Les orchestres et les solistes l'adorent pour son métier infaillible. Il fallait au moins ça pour lancer les jeunes de l'Orchestre du Curtis Institute à l'assaut d'un monument tel que la 6e Symphonie de Mahler, qu'ils ont gravi avec brio et précision. Mais cette œuvre immense réclame aussi une stratégie d'interprétation dont cette exécution n'a pas donné une vision entièrement aboutie. Le public de Verbier, préférant les œuvres d'accès aimable, en est sorti sonné.

Il a par contre réservé une standing ovation au pianiste Evgeny Kissin, qui jouait le second concerto de Chopin, transfigurant cette «œuvre pour dames» en une épopée inoubliable. Kissin semble ne pas vieillir. Il garde ce teint pâle et ce regard vague qu'il avait déjà lorsque, à 13 ans, il joua à Moscou les deux concertos de Chopin. Il garde intacts, aussi, son pianisme et sa technique, inouïs. Mais sa palette expressive n'a cessé de s'enrichir, gagnant à la fois en force et en sensibilité, si bien que son Chopin atteint aujourd'hui l'amplitude idéale, avec sa rage et son feu, ses élégances aussi, et son âme palpitante.

Samedi, la tension retombait de quelques degrés avec le concert souverain (de rigueur, d'équilibre) mais un peu anémié du Quatuor Emerson, pourtant flanqué d'invités prestigieux: l'altiste Yuri Bashmet dans le Quintette en sol mineur de Mozart, puis le pianiste Leon Fleischer, qui a détaillé avec une éloquence de grand sage le Concerto KV 414 de Mozart, en version avec quatuor et contrebasse. Belle musique, bel esprit, mais c'est une autre électricité qu'on attend d'une grande soirée de grand festival.