Reconnu, mais pas vraiment connu. Tel est Philip Catherine, honnête homme trop passionné de musique pour sacrifier aux rites du show-biz. Le 35e Jazz Estival l'installait lundi dans la Cour de l'Hôtel de Ville de Genève pour une sorte d'anti-show radieux, sans tics ni frime. Un moment de musique, cette chose devenue si rare dans les festivals musicaux de l'été. Conteur né, Catherine est la plus belle synthèse entre le bouillonnement charnel de Django Reinhardt et la fluidité d'eau de roche de Wes Montgomery. De la race des lyriques au grand cœur, d'une franchise de sentiments qui refuse l'écran protecteur de la virtuosité.

Lundi, «My Foolish Heart», souvenir embué de sa collaboration avec Chet Baker: trame harmonique effleurée, mélodie fragilisée, personne aujourd'hui ne met autant de suggestion dans ses notes, personne ne croit aussi fort aux arrière-mondes, à un au-delà de l'expression qu'il s'agit d'entrouvrir au cœur de l'auditeur. Une approche quasi théologique de l'improvisation qui donne, lorsque les partenaires sont au diapason, l'un des grands disques de guitare de ces dernières années («Live», Dreyfus/Disques Office). Un moment de grâce souvent ressuscité lors du concert angélique de lundi.