Qu'il pleuve ou qu'il vente, le Festival de Bellerive n'en a cure. Il se love sous la charpente de la ferme de Saint-Maurice, à Collonge-Bellerive. Ce qui lui permet de bénéficier du panorama sur le lac et d'une acoustique flatteuse. Du plein air estival et de la protection contre le mauvais temps. Celle-ci était providentielle dimanche soir: sous un ciel caractériel, Leif Ove Andsnes donnait un récital. On en aurait voulu à la pluie si elle nous en avait privé.

Car pareille maturité chez un pianiste aussi jeune est exceptionnelle. A 30 ans à peine, le Norvégien commence par montrer l'étendue de son talent dans une sonate de Haydn: la netteté des attaques sans sécheresse ni dureté, la virtuosité sans ostentation sont les signes d'une parfaite technique au service d'une sensibilité sans fin. Quand Andsnes s'empare de la 3e Sonate de Prokofiev, son piano palpite, parle avec une honnêteté intimidante. Et son programme respire l'intelligence: entre un Haydn perlé et un Prokofiev tout d'une pièce, le pianiste a glissé un bouquet de Jatekok (Jeux) que Kurtag composa pour des doigts d'enfant. Cette musique contemporaine qui ne renie pas son ascendance bartokienne, il l'aborde avec une franchise intacte, effleurant son instrument dans l'Hommage à Farkas no 2, parcourant rêveusement les touches blanches dans En rêvassant.

Autant dire qu'une personnalité pareille fait merveille dans le Liszt d'Après une lecture de Dante, grand, autoritaire, mais jamais saturé. Après une Valse Méphisto qui se voulait expression viscérale plutôt que performance digitale, et deux bis, c'est une tempête qui a répliqué à Leif Ove Andsnes. Une tempête d'applaudissements.