«Tango, vals y tango», par la chorégraphe Ana Maria Stekelman. Avignon. Cour d'honneur du Palais des Papes.

Ana Maria Stekelman voulait montrer à la France un tango à la croisée des chemins: des origines jusqu'à la modernité, drainant dans son élan tous les genres musicaux, de la valse à la danse classique. Un tango qui serait comme une fenêtre sur l'histoire en cours. La chorégraphe argentine disait encore préférer un tango sobre, pour mieux coller au secret des passions.

Résultat: en donnant dans tous les genres et toutes les musiques – le spectacle commence sur la voix du général de Gaulle prononçant son discours «Vive le Québec libre», suivi de rafales de mitraillettes et des valses de Strauss – la chorégraphe n'offre qu'un spectacle à grande recette et figures diverses, mais sans allure ni sel. Avec des femmes aussi sexy que des raisins secs, et des hommes qui visiblement n'ont jamais dansé le tango traditionnel, à voir la manière dont ils ne prennent pas la taille des femmes. Cette chorégraphie n'aspire qu'à la maîtrise d'un grand chronomètre: ici, on passe moins de temps à rencontrer l'amour qu'à réussir sa figure.

Les extraits de tango se mêlent à ceux de la valse, version tutu classique, quand ce n'est pas un pas de deux qui semble sortir tout droit de Petrouchka. Les tableaux se succèdent, et à bien y regarder, on y danse très peu. La pose a pris le dessus: femmes au torse violemment arqué à l'arrière, grands écarts, sauts acrobatiques, répétés jusqu'à saturation du regard.

En seconde partie, la venue sur scène de dix bandonéistes menés par Rodolfo Mederos laisse présager meilleure partie. Hélas, les séquences musicales sont interrompues par le grand show scénique, façon music-hall. Du coup la multiplication des effets tango fait perdre à mesure tout l'appétit et le rêve que l'on avait d'être ébloui par cette danse du désir et de la rage. Seuls quelques airs de Piazzolla sauvent parfois la mise… On est pourtant presque fâché de cette trop grande facilité, et on espère du fond de l'âme qu'il existe encore un tango qui sache nous faire chavirer.