Entouré par un quartet d'exception, Roby Lakatos, le roi des violonistes tziganes, perpétue et renouvelle une tradition que l'on croyait perdue: celle des orchestres des cabarets du début du siècle, dans le sillage du grand Grigoras Dinicu, dont il reprend en partie le répertoire de prédilection. Les ornements imprévisibles (fulgurants pizz à deux doigts qui évoquent la guitare) abondent sans jamais alourdir le discours. Roby Lakatos possède l'élégance du swing, la vélocité imparable, la sonorité de velours indispensables à cet exercice d'éblouissement. Son violon se fait volière, étincelles, écume, pure vibration. Un régal. Généreux, le virtuose rondouillard et tout d'or vêtu invite à ses côtés le jeune prodige Geza Hossut (13 ans), son ami Vadim Repin, ou la vénérable Ida Haendel, aux doigts toujours alertes… Samedi soir, le public de Verbier était aux anges.

Il l'était aussi lors de la soirée d'ouverture, vendredi, donnée en présence de la présidente de la Confédération Ruth Dreifuss. Dirigé par sir Neville Marriner, l'orchestre du Curtis Institute de Philadelphie semblait pourtant chercher ses marques. La violoniste Hilary Hahn, elle, a montré toute l'étendue de son talent dans un Concerto de Beethoven tenu de bout en bout, à la fois rigoureusement construit et magnifiquement inspiré.