Vendredi soir, la Dolce Vita de Lausanne accueillait une dizaine de groupes rock régionaux.

Oraison funèbre ou opération de sauvetage in extremis? La Dolce Vita aura organisé ce week-end quelques-unes de ses soirées les plus foudroyantes. Vendredi soir, le club lausannois arborait pourtant le brassard noir en signe de deuil. Comme dans ces enterrements où le chagrin se vit la bouteille à la main et le sourire aux lèvres. Plus Satyricon tout de même que Dolce Vita.

Atmosphère fin de règne. Tanguy, ex-programmateur et pilier de la Dolce, entame l'historique du lieu. On frémit devant la liste des formations. Florilège des musiques actuelles les plus cotées de ces deux dernières décennies. Les spectateurs, pour la plupart, n'étaient pas nés à l'inauguration, ou balbutiaient alors leurs premières onomatopées sur le punk flamboyant de leurs géniteurs. Mais l'heure n'est pas aux jérémiades nostalgiques. Place au rock. Les groupes romands sont venus en soutien à cette Dolce mythique. Voyage aux quatre coins d'un univers protéiforme. Du rock violemment intelligent de Noï aux braillements eschatologiques de Rude, des chansonnettes anglo-saxonnes de Sweet dizzies au funk vrombissant de A few good men, le défi est tenu de montrer à la face des notables lausannois la suprématie proliférante des musiques à guitare. La démonstration ne suffira sans doute pas. La Dolce Vita est appelée à se transformer – pour des conflits lamentables de bas de laine.

Arnaud Robert

Beaucoup de rigueur, peu de surprise

Michel Corboz et son Ensemble vocal de Lausanne présentaient, vendredi au Forum Meyrin, la «Petite Messe Solennelle» de Rossini. Il y a peu de compositions pour chœur aussi difficiles que les deux fugues composées par Rossini dans sa Petite Messe. L'ensemble vocal de Lausanne s'en sort merveilleusement, ne dépassant pas le mezzo-forte. Il nage entre les effrayants récifs de la partition comme un pêcheur de perles parmi les coraux tranchants. Son chef Michel Corboz limite la direction à l'essentiel. Technique un rien «privée», qui fonctionne avec le chœur, mais moins avec la pianiste, Monireh Chmouliovsky. Dommage d'ailleurs que celle-ci n'ait pas pu jouer le superbe prélude, un peu morne lorsqu'on l'exécute à l'harmonium. L'organiste Pierre-Alain Clerc est parfait de maîtrise dans son rôle un peu ingrat, presque trop présent peut-être. La dernière messe de Rossini est à la fois petite et solennelle. Continuellement vacillante entre ces deux extrêmes, elle offre aux solistes la possibilité de chanter de véritables airs d'opéra. La basse Shigeo Ishino est excellente, le ténor John Darzak fatigué, et la soprano Natacha Ducret, authentique «produit corbozien», très sensible. Mais celle qui s'en sort le mieux, c'est la mezzo Sylvia Marini, merveilleuse prêtresse dorée dans un Miserere pourtant un peu précipité.