Cinéma

«Call Me By Your Name»: des amours au teint de pêche

Dans la chaleur vibrante de l’été italien, un adolescent tombe amoureux d’un étudiant de son père

C’est une de ces maisons de maître du nord de l’Italie qui font rêver. A l’intérieur, tout est fraîcheur, ombre et recueillement: les murs sont tapissés de livres classiques, des objets d’art sont harmonieusement disposés dans les coins et, à la cuisine, une brave femme apprête la meilleure pasta de la région. Dehors, ce ne sont que vergers d’abricots charnus et de pêches juteuses où bruissent les abeilles du désir.

C’est dans ce décor enchanteur qu’Elio Perlman (Timothée Chalamet), 17 ans, vit auprès de ses parents, de grands intellectuels humanistes, ouverts de cœur et d’esprit. Le père est professeur d’histoire antique, spécialiste de la culture gréco-romaine; la mère traductrice. Ils aiment la musique classique et le bon vin. Ils dînent sur la terrasse avec un couple de vieux homosexuels érudits… Chaque été, un étudiant est invité à venir se perfectionner auprès du professeur. Cette année, c’est Oliver (Armie Hammer), taillé en athlète. L’adolescent, qui flirte avec la jeune Marzia, est troublé par la présence de cet éphèbe plutôt arrogant. La chaleur de l’été fait le reste…

Baignade nue

Ah! La saison des premières amours, si ce n’est des amitiés particulières… C’est presque un genre cinématographique. Et plus beau encore si l’action se situe dans l’Italie sensuelle et gourmande, comme ont pu l’illustrer Le Meraviglie, d’Alice Rohrwacher, Giochi d’Estate, de Rolando Colla, ou l’infâme Stealing Beauty, de Bernardo Bertolucci.

James Ivory, qui connut de grands succès au siècle dernier avec des films splendides comme Chambre avec vue, Maurice ou Les Vestiges du jour, a rédigé le scénario de Call Me By Your Name, mais renoncé à le réaliser compte tenu de son grand âge (89 ans). Cinéaste grandiloquent et mélodramatique pensant à tort que l’esprit de Visconti est descendu sur lui, Luca Guadagnino, qui a démontré ses limites dans Io Sono L’Amore et A Bigger Splash, inutile remake de La Piscine, a pris le temps de consulter le catalogue des clichés du cinéma des premiers émois pour n’en rater aucun, de la balade à bicyclette à la baignade nue. Il conjugue plaisirs solitaires et jus de pêche mais, au moment du passage à l’acte, détourne l’objectif pour filmer un arbre par la fenêtre…

Plaisir d’amour ne dure qu’un jour… Il a neigé sur le lac de Garde, et Elio pleure son amour envolé avec les hirondelles dans le silence de l’hiver advenu, histoire de terminer ce film infatué sur une note émouvante. Beau comme un tube de l’été, Call Me By Your Name est nominé pour quatre Oscars.


Call Me By Your Name, de Luca Guadagnino (Italie, France, Brésil, Etats-Unis, 2017), avec Arnie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Sthulbarg, Amira Casar, Esther Garrel, 2h12.

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