Réalisé et sorti grâce à la caution de Nanni Moretti, La seconda volta de Mimmo Calopresti (1996) a été l'une des bonnes surprises du cinéma italien récent. Les retrouvailles d'une ancienne terroriste et d'une de ses victimes y étaient traitées dans un style d'une rare sobriété, sur un fond d'Italie froide aux teintes bleutées. Restait à confirmer. Sans Moretti, mais toujours avec Valeria Bruni-Tedeschi, sa compagne à la ville, Calopresti revient avec ce film consacré à la folie borderline. Cette fois, l'ex-cinéaste documentaire a jugé pouvoir faire un pas de plus à l'écart du strict réalisme. Il en résulte un film intéressant, mais plus anonyme et pas franchement convaincant. Encore le fameux «syndrome du deuxième film»?

Angela, 30 ans, est une fille de bonne famille sans travail mais sans soucis matériels. Malheureuse, elle cultive ses petites phobies et fréquente assidûment les divans en attendant de rencontrer l'amour. Un jour, elle focalise sur un professeur de violoncelle voisin de son psy et le bombarde de billets poétiques anonymes. Mais il se méprend sur leur origine, et Angela se retrouve dans une maison de repos après avoir perdu les pédales…

Fondamentalement un film-portrait, La parola amore esiste se développe en fiction sentimentale. C'est bien sûr la première démarche qui retient l'attention, traduite par l'interprétation d'une comédienne toujours étonnante. Beaucoup dépendra de votre tolérance envers ce personnage de petite bourgeoise à problèmes, sans circonstances atténuantes particulières sinon que son mal est partagé par une bonne partie de la population urbaine occidentale. Le réalisateur, lui, s'est déclaré «intéressé par cette capacité à perdre du temps, à s'occuper de soi-même et de ses sentiments jusqu'à une sorte de perversion qui rend tout ce qui nous arrive trop important». D'où sans doute sa décision d'incarner lui-même le psy, vite débordé par les exigences de sa patiente.

Comme dans La seconda volta, l'accent est mis sur la solitude des êtres, mais cette fois à travers le prisme de la difficulté à trouver l'amour. Dilemme: entre l'amour comme source de névroses et l'idée romantique du bonheur à deux, l'auteur n'arrive pas à trancher. Le scénario et la mise en scène brident au maximum un argument de comédie, voire de roman-photo, mais rien n'y fait. Avec la multiplication des personnages (dont un Gérard Depardieu très incongru), il s'éloigne de plus en plus du registre de l'observation qui lui réussit le mieux. Pour finir, le film tend vers un happy end improbable.

Romantisme et folie forment décidément un couple bancal. Et Calopresti n'est pas Cassavetes, même si l'on ne peut éviter de penser ici à Une femme sous influence et à Love Streams.

N. C.

La parola amore esiste (Mots d'amour), Italie-France 1998, de Mimmo Calopresti, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Valeria Milillo, Gérard Depardieu, Daria Nicolodi et Mimmo Calopresti.