Genève

Campagne caustique autour du Musée d’art et d’histoire

Le comité référendaire «Non au saccage de notre patrimoine public» a officiellement lancé sa campagne mercredi. Entre le dépôt de plaintes d'un côté et une affiche controversée de l'autre, la dernière ligne droite avant le scrutin municipal du 28 février s'annonce d'ores et déjà tumultueuse

Depuis 2012, le débat autour de la cure de jouvence du Musée d’art et d’histoire (MAH), que les opposants préfèrent qualifier de «saccage», a repris de la vigueur. Relancé par le Conseil administratif, le projet de rénovation et d’extension de l’édifice devisé à 132 millions de francs dont 67 millions provenant de fonds privés s’est vu opposer un référendum de la part d’opposants aux intérêts convergents. Mercredi, ces derniers réunis en comité référendaire «Non au saccage de notre patrimoine public» ont officiellement lancé leur campagne, bien que cela fasse des mois que les détracteurs du projet architectural porté par Jean Nouvel martèlent les mêmes arguments.

«La facture sera plus salée», avancent les référendaires

Il y a tout d’abord l’aspect financier. Le comité estime que les coûts des travaux ont été sous-évalués et que la facture grimpera autour des 200 millions de francs. La convention qui lie la Ville de Genève au mécène et homme d’affaires Jean Claude Gandur pendant 99 ans est également conspuée, même après avoir été renégociée ce mardi. Rappelons que sa fondation doit injecter 40 millions de francs dans le projet pour permettre d’accueillir une partie de sa collection. Les référendaires jugent cette convention trop contraignante pour la Municipalité, notamment sous l’angle des coûts induits par ce partenariat. «À ce jour, l’exécutif de la ville ne nous a pas répondu. Nous ne savons toujours pas combien cela va coûter chaque année à la collectivité», argue Tobia Schnebli, conseiller municipal d’Ensemble à Gauche.

Geste architectural contesté

Il y a ensuite l’aspect patrimonial. Le comblement de la cour du musée par des plateaux de verre, tout comme l’implantation d’un restaurant au sommet de l’édifice, sont considérés comme une atteinte majeure au bâtiment conçu par l’architecte genevois Marc Camoletti. «D’autant plus que le gain en surface d’exposition est minime», avancent les référendaires qui avaient proposé un projet alternatif évitant un comblement de la cour.

Deux recours et une nébuleuse d’opposants

Dans moins de sept semaines, le sort de ce bâtiment du début de XXe siècle sera scellé le 28 février. Ou presque, deux recours étant toujours pendants devant la Cour de justice. Déposés par l’association Patrimoine Suisse Genève (PSGe), le premier conteste notamment la surélévation du musée – un argument que la justice a déjà balayé en première instance –, le second concerne le classement par anticipation du futur bâtiment de la part du Conseil d’Etat genevois.

Regroupant actuellement 14 organisations et groupuscules, le comité référendaire agrège des mécontentements divers et variés. À côté des partis politiques (Ensemble à Gauche, Verts, UDC, DAL, Vert’libéraux), on retrouve les traditionnels gardiens du patrimoine (Action patrimoine vivant et PSGe) mais aussi des figures de droite telles que le promoteur-régisseur Thierry Barbier-Mueller, le directeur rédacteur en chef de l’hebdomadaire «Tout l’Immobilier» Thierry Oppikofer ou encore l’avocat Olivier Wasmer.

A consulter: notre page interactive sur le projet Nouvel

Une campagne musclée

À Genève, le débat fait rage. Pour attester de cette fureur, deux exemples. Le premier: la controverse suscitée par l’une des affiches représentant le Nosferatu de Murnau sous les traits de l’architecte star Jean Nouvel. Certains y ont vu une figure du Juif-vampire dont le régime de Vichy en 1941, par exemple, en avait fait un outil de propagande antisémite. Contacté, son auteur, le dessinateur Exem affirme ne pas y avoir pensé «une seule seconde». «J’ai étudié les années trente, notamment pour ses typographies. Mais que cela soit clair, cette période antisémite me débecte. Ceux qui peuvent penser le contraire sont des cerveaux malades». Un avis qui n’est loin pas partagé, plusieurs estimant qu’on ne pouvait ignorer cette référence.

Le deuxième: le dépôt de deux plaintes (pénale et civile) de la part de Jean Claude Gandur à l’encontre du quotidien Le Courrier aux motifs d’atteinte à la personnalité, de calomnie et de diffamation. Une démarche qui pourrait porter préjudice aux défenseurs du projet Nouvel.

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