Vu depuis la Voltastrasse qui prolonge le pont des Trois-Roses sur le Rhin, le premier bâtiment achevé du Novartis Campus produit un effet de joyeuse étrangeté. Sa façade, composée de 1200 plaques de verre colorées, de 25 formats différents et disposées sur trois niveaux successifs, forme un relief translucide, bariolé, qui joue et danse dans la lumière. Surprise: cette impression s'inverse sitôt que la façade, considérée de près, devient réfléchissante. Les tiges verticales et les attaches de l'enveloppe qui habille le corps interne du bâtiment, en verre également, sont visibles et contribuent à l'effet de plasticité voulu par les concepteurs, l'architecte bâlois Roger Diener, entouré de son jeune collègue autrichien Gerold Wiederin et de l'artiste suisse Helmut Federle, avec lequel il avait déjà collaboré pour l'ambassade suisse de Berlin.

Ouvert aux usagers du Campus, le rez propose des espaces aux volumes généreux: salles de conférences, de projection, lounges, bar. Aux murs, des œuvres de la collection d'art contemporain Novartis. Les matériaux très doux, le beau mobilier et les immenses baies coulissantes qui, par beau temps, s'ouvrent sur le forum du Campus, renforcent le sentiment général de grand confort. Atmosphère calme aux étages reliés par un escalier en spirale, de bois sombre, exclusivement accessibles aux deux cent collaborateurs installés dans l'immeuble. Locaux d'un seul tenant, vastes et clairs, conçus pour le travail en groupe autour de longues tables d'un design adapté des frères Bouroullec, ponctués de cellules en verre opaque où l'on peut s'isoler, centre de machines regroupé, cuisine, balcon: tout favorise l'échange et la détente, la rencontre et la concentration.

Laboratoire du futur

A l'une des extrémités du bâtiment se dresse, en guise d'atrium vertical, un jardin tropical réalisé par Gunther Vogt, l'auteur de la halle Masoala, l'écosystème malgache du Zoo de Zurich. Manière de rappeler à l'industrie pharmaceutique ses origines, les plantes; et à l'industrie chimique qu'elle a commencé par produire des colorants. Le reste relève de l'expérimental: les installations qui remplaceront l'industrie traditionnelle doivent abriter la fabrication de savoir. Pour l'auteur du «masterplan», Vittorio Magnago Lampugnani, et pour les architectes invités à y construire, il s'agit d'imaginer et mettre en place les conditions les plus fructueuses pour le travail scientifique de demain. Aucun logement, aucune activité de loisir ne sont prévus sur le site qui n'aura de campus que le nom: la cité fermée de Novartis se veut laboratoire des modes de production du futur.

C'est dire l'importance du premier bâtiment qui, note Roger Diener, «situé face à la ville et face au forum du Campus, donne forcément un signal à l'ensemble». Or ses occupants ont reçu avec enthousiasme leurs locaux et leurs nouvelles conditions de travail. Au soulagement de Daniel Vasella, CEO de Novartis, qui a choisi de placer l'expérience sous sa propre et entière responsabilité.

Novartis Campus – Forum 3. Diener, Federle, Wiederin. Bâle, Architekturmuseum, Steinenberg 7. Ma, me, ve 11-18h, je 11-20h30, sa, di 11-17h, jusqu'au 14 août. Rens.: 061 261 14 13 et http://www.architekturmuseum.ch

«Novartis Campus – Forum 3. Diener, Federle, Wiederin» (allemand/ anglais), Christoph Merian Verlag.