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Un plateau de Canal+ en 2013, alors après une évacuation.
© SEBASTIEN NOGIER

TV

Canal+ vit-elle son dernier Festival de Cannes?

Pour Canal+, la fête cannoise représente un sommet annuel. Mais cette année, les signes de crise s'accumulent. Et la stratégie de Vincent Bolloré demeure illisible

L’année passée, ils étaient 469 employés à faire la transhumance du sud. Ces jours, 50 sont descendus. L’effectif, et le budget, de Canal+ au Festival de Cannes ont été divisés par 10, preuve s’il en fallait que l’hiver vient sur la chaîne payante. L’austérité annoncée par Vincent Bolloré, président de la maison mère Vivendi qui a repris la chaîne en main il y a quelques mois, devient réelle. Sur la plage, il n’y a plus de grand plateau. A l'écran, juste de modestes duplex.

L’orgie cannoise est au pain sec et à l'eau. Le Festival a commencé après de nouvelles annonces qui ont encore fripé le visage de Canal+ dans le paysage français, et au-delà. Lundi, Yann Barthès disait qu’il quittera la chaîne fin juin, pour gagner le groupe TF1. Puis c’est la star du commentaire sportif, Grégoire Margotton, figure historique de la chaîne, qui a indiqué qu'il part, aussi pour la filiale de Bouygues. Ces annonces ont suivi d’autres avis de tempête, comme à l’automne passé, avec l’éviction du directeur général Rodolphe Belmer, artisan majeur de la stratégie de Canal+ dans le cinéma.

Lire aussi: Yann Barthès quitte «Le Petit Journal», les soucis s’accumulent pour Canal+

Un «Canal bashing», mais aussi, une incertitude croissante

Les commentaires se multiplient au point que certains déplorent un «Canal bashing», au profit discret de la première chaîne du pays, TF1. Souffrante en audiences, celle-ci rigole en douce.

Toutefois, passé les signes de crise, c’est surtout le manque de lisibilité de la stratégie de Vincent Bolloré et son équipe qui accroît l’incertitude. Jusqu'ici, les principales mesures prises – et leurs conséquences, même involontaire, comme le cas de Yann Barthès – vont dans le sens d’un affaiblissement des fenêtres en clair.

La piste de la suppression du clair

Certains analystes prêtent même au président de Vivendi l’intention de supprimer le clair. 32 après sa création, Canal+ adopterait alors pleinement le modèle de son inspiratrice, l’américaine HBO. L’idée serait aussi d’élargir la plateforme payante, pour preuve, l’achat récent de Mediaset Premium en Italie. En sus, si Canal+ attend toujours la validation de son entente avec BeIN pour le football, elle a confirmé cette semaine le maintient du Top 14 de rugby dans son offre, de 2019 à 2023.

Lire également: «Le Petit Journal» pourrait disparaître de la grille de Canal+

Cinéma, séries et sport, retour aux fondamentaux, bientôt uniquement par abonnement? L’idée se défend. Mais dans ce scénario, il y a un problème. Depuis que Canal+ subit les bourrasques soufflées par ses nouveaux dirigeants, elle connaît une hémorragie de ses abonnés si choyés. Les souscriptions totales, avec Canalsat, ont reculé de 183 000 clients durant le premier trimestre de cette année. Avec 8,2 millions d’abonnés en France, Canal + a perdu 400 000 fidèles en une année.

Plus mauvais encore en termes d’image, et de perspectives d’avenir, le vecteur pour écrans mobiles Canal Play a 86 000 inscrits, pour un total quand même modeste de 600 000. Vendredi, le responsable numérique de la chaîne a annoncé son départ, lui aussi.

L’hypothèse de la disparition de la chaîne en tant que telle

Canal + pourrait-elle passer à la trappe? C’est l’autre hypothèse. Le 26 avril, un vent de panique a soufflé dans la branche cinématographique française, dont Canal + est le premier bailleur de fonds privé. Elle intervient dans 80% des films produits. Ce jour-là, Vincent Bolloré s’exprimait durant l’assemblée générale de Vivendi. Il a souligné le fait que les pertes de la chaîne pourraient atteindre 400 millions d’euros cette année. Ajoutant: «Il y a un moment où il faudra arrêter le robinet. Vivendi ne pourra pas apporter de l’argent indéfiniment à Canal+.»

Le propos s’adresse surtout à l’autorité française de la concurrence. C’est une manière de dire que si cette dernière met des bâtons dans les roues de l’accord Canal+ avec BeIN, le cinéma français pourrait mordre la poussière en raison des désinvestissements de son principal soutien.

Lire à ce sujet: Canal+ va faire équipe avec BeIN Sports

Une concentration sur la production et les droits?

Cette exagération n’est peut-être pas que tactique. Le capitaine d’industrie en appelle à la constitution d’un grand groupe européen face aux Américains et aux Asiatiques. Devant ses actionnaires, il a dit pouvoir imaginer un périmètre qui ne comprendrait pas Canal+, le diffuseur dans l’Hexagone, mais les deux chaînes gratuites D8 et D17, Canalsat, les bouquets à l’étranger, ainsi que la précieuse Studiocanal, qui opère dans la production et la gestion de droits. Un montage de ces apports avec des partenaires internationaux érigerait un conglomérat qui proposerait ses produits, sports et fictions, à d’autres, ou les offrirait à des abonnés sur la Toile, à l’instar d’un Netflix ou d’un Amazon Premium.

Autant de pistes qui s’esquissent dans le brouillard entretenu par les têtes pensantes de Vivendi. Ces jours, celles-ci se sont contentées de dire que de «nouvelles initiatives» vont être prises. Cité samedi par l’AFP, le président du directoire du groupe Arnaud de Puyfontaine a promis: «Restez à l’écoute, on vous en dira plus avant l’été.» Ce ne sera pas trop tôt.

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