Serait-ce du cuir? Blancs et propres comme devrait l’être l’argent qui sommeille dans les coffres voisins, deux canapés snobent vaillamment les passants sur l’austère Paradeplatz de Zurich. Installés depuis samedi, ils portent la signature de l’artiste chinois Ai Weiwei. Il les a découpés dans le marbre, peu confortable. D’où peut-être leur apparente solitude sur cette place où fourmille quotidiennement du petit matin à la tombée du jour le monde financier helvétique.

Cet été, Zurich veut devenir la capitale de l’art contemporain dans l’espace public, notamment pour faire briller le relooké de Zurich-West, ancienne friche industrielle métamorphosée en quartier branché. Du 9 juin au 23 septembre, le festival Art and the City dispersera quelque 40 œuvres dans l’ensemble de la ville, aussi dans le centre financier. Comment réinventer l’espace urbain à travers les pratiques artistiques? Dans l’arrière-cour d’UBS siégera une installation signée Jürgen Drescher susceptible de rappeler les camps improvisés de réfugiés.

Sensibilités urbaines

Ai Weiwei, Maurizio Cattelan, Martin Creed, Richard Tuttle, Yona Friedman, Charlotte Posenenske: les organisateurs ont voulu privilégier des artistes sensibles au développement urbain et aux questions sociales qui l’accompagnent depuis les années 70.

Zurich ambitionne de renforcer l’attention qui lui est réservée au moment où se succèdent les rendez-vous phares de l’art contemporain, de Art Basel à la Kunstbiennale de Berlin. L’exposition sera supervisée par le groupe de travail de la Ville chargé de l’art contemporain, en fonction depuis cinq ans. Elle devrait coûter 2,1 millions de francs, dont 700 000 déboursés par la municipalité. Fondations, sponsors et galeries d’art couvriront le montant restant.

Trop d’argent

La démarche ne fait pas que des convaincus. Au parlement, des voix essentiellement de droite dénoncent l’argent dépensé et rappellent que ce sujet a le don de diviser. En automne 2010, les citoyens refusaient un crédit de 5,9 millions pour l’installation sur Escher-Wyss Platz d’une «Nagelhaus» (maison-clou) inspirée de la résistance chinoise aux nouvelles constructions et signée par l’artiste allemand Thomas Demand. De même le projet d’une grue portuaire de plus de 40 mètres qui occupera durant plusieurs mois les quais de la Limmat – projet devisé à quelque 600 000 francs – a d’abord buté sur un refus du parlement. Son installation, qui fait l’objet d’un recours, est attendue entre 2013 et 2015.

Pour l’heure Art and the City débutera le 8 juin avec une performance illuminée de l’Allemande Sandra Kranich. Quelque 10 000 feux d’artifice exploseront sur la bien nommée place Vulkan.

www.artandthecity.ch