lyrique

Cancan à gogo pour une «Veuve» délurée

L’esprit de Jérôme Savary renaît à l’occasion de «La Veuve joyeuse» remontée à Lausanne. Côté chant, les rôles masculins sont plus convaincants que les rôles féminins

Cancan à gogo pour une «Veuve» délurée

Lyrique L’esprit de Jérôme Savary renaît à l’occasion de «La Veuve joyeuse» remontée à Lausanne

Côté chant, les rôles masculins sont plus convaincants que les rôles féminins

Jérôme Savary à l’Opéra de Lausanne? Le saltimbanque est de retour, pas en chair et en os bien sûr, puisque l’homme de théâtre français – qui aimait les cigares et les femmes – est mort l’an dernier. Frédérique Lombart reprend sa mise en scène de La Veuve joyeuse de Lehár, donnée une première fois en décembre 2006 à Lausanne. Savary y incarnait le baron Popoff.

L’intrigue, à dormir debout, avait de quoi exciter l’esprit de ce trublion. Les nombreux jeux de mots (pas toujours fins, d’ailleurs), les quiproquos, les tromperies et jalousies qui émaillent le livret, dans sa version française ici, invitent à toutes sortes de libertés. Aussi Savary avait-il largement amplifié les dialogues, truffant le texte de références à notre époque et à l’Helvétie. Pfister, Ricola, des intonations typiquement vaudoises pimentent cette opérette viennoise, aux effets tantôt bien trouvés, tantôt excessivement appuyés.

La soprano neuchâteloise Brigitte Hool, qui chantait Nadia en 2006, s’empare cette fois-ci du rôle-titre. Elle campe Missia Palmieri, veuve richissime qui atterrit en hélicoptère dans l’embrasure du palais de Chaillot, à Paris, dans l’intention d’y trouver un prétendant. Or, son pays, la Marsovie, est menacé de banqueroute. Ce petit Etat des Bal­kans (purement fictif!) aurait besoin des 50 millions de la veuve, soit la quasi-totalité de son produit national brut. Popoff, ambassadeur de la Marsovie à Paris, a pour mission d’empêcher que cette veuve indigène n’épouse un Français.

Le prince Danilo – Marsovien lui-même – est tout désigné pour être le futur époux de Missia Palmieri, sauf qu’ils se sont connus par le passé. Et sont restés sur un différend amoureux. L’honneur de Danilo lui interdit de repartir à la charge, de crainte qu’on ne le soupçonne de courtiser non pas la veuve, mais ses millions.

Comme d’habitude, tout se passe dans la démesure avec Savary. Sur fond de tour Eiffel, la garden-party chez Missia se transforme en partie de jambes en l’air, tandis que la soirée chez Maxim’s se déroule au rythme effréné du cancan. Les jeunes danseurs de l’Ecole Rudra-Béjart (préparés par Nadège Maruta) s’en donnent à cœur joie. Cancan à gogo et libertinage à la louche…

Côté chant, les rôles masculins s’en tirent mieux que les rôles féminins. Très à l’aise dans le premier acte, un peu moins dans le deuxième, le ténor Christophe Berry (Camille de Coutançon) se distingue par un beau timbre lyrique et une ligne de chant racée. Le baryton Régis Mengus compose un prince Danilo à la voix bien posée et virile, très bon comédien. En revanche, les acidités vocales de Julie Mossay en Nadia et son jeu outrancier (mais pourquoi toutes ces mimiques?) la desservent.

Brigitte Hool prête sa belle silhouette à une veuve qui pourrait encore gagner en souplesse dans le registre vocal (et sur le plan scénique au 1er acte). Sa «chanson de Vilja» est envoûtante. Mais l’on regrette qu’elle se crispe dans l’aigu. Patrick Rocca – à la voix sonore! – compose un Popoff plein de lui-même et sottement naïf qui ne soupçonne à aucun instant que sa femme Nadia le trompe. Frédéric Longbois (un habitué des spectacles de Savary) campe un Figg plein de malice.

Le chef français Cyril Diederich (déjà là en 2006) imprime un tempo enlevé à l’opérette. Le Sinfonietta de Lausanne sert bien cette musique, même si l’orchestre sonne trop fort parfois. Les seconds rôles et choristes se plient à l’esthétique de Savary, qui n’a jamais fait dans la dentelle mais qui avait l’art de créer une ambiance de fête. Une résurrection à son image.

«La Veuve joyeuse» à l’Opéra de Lausanne. Jusqu’au 31 décembre.

Brigitte Hool prête sa belle silhouette à une veuve qui pourrait encore mûrir

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