Le fait divers fait par définition tache. A la une des journaux de boulevard. Dans les mémoires surtout. C'est que le fait divers est un révélateur des angoisses du corps social et de ses tabous. La Valaisanne Anne Salamin l'a bien compris. Elle a compilé des articles de journaux, sélectionné une poignée d'histoires tragiques et cocasses et imaginé une revue de presse qui dévoile les dessous de nos sociétés policées. Elle a titré son bel ouvrage Faits divers, spectacle mordant et joliment cancanier, joué par sept interprètes impeccables sous la voûte des Caves de la Maison de Courten, à Sierre.

Tout commence sous le plafond poutré par un brouhaha. On est dans une salle de tribunal, avec ses bancs sombres, un chanteur et une violoniste en guise de greffiers. Une dizaine de personnages vont ainsi plaider leurs causes à la barre. Raconter par exemple l'histoire de ce pasteur gallois, accusé d'avoir traumatisé ses jeunes catéchumènes, en leur révélant (le sacripant) que le Père Noël n'existe pas. Ou celle de ce coq allemand sommé par un tribunal de respecter les horaires, parce que son chant intempestif exaspérait le voisinage.

Le surréaliste André Breton aurait sans doute volontiers intégré ces histoires sans queue ni crête à sa fameuse Anthologie de l'humour noir. Anne Salamin et Gracco Gracci, dramaturge qui a transformé les articles choisis en morceaux de théâtre, leur ont donné du muscle. Leur but? Révéler l'humanité sous l'acte crapuleux. Leur genre? Un jeu frontal, un tête-à-tête sans cabotinage entre acteurs et spectateurs. Un mélange aussi d'incarnation des personnages et de distance. Chaque interprète est ainsi tour à tour héros d'un drôle de drame et coryphée. Le ressort de leur dramaturgie enfin? Un goût certain pour le chaud et le cru, pour les tubes de Noël impérissables («Petit Papa Noël» interprété avec irrévérence par Pierre-Alain Heritier et la violoncelliste Fabienne Moret-Roten) et pour les coups de sang au pied du sapin. Il faut par exemple entendre la jeune Olivia Seigne (aussi talentueuse que précise) raconter comment une épouse a attendu vingt-deux ans et le premier coup d'horloge de minuit, le soir du réveillon, pour trucider son mari. Ces Faits divers sont autant de coups d'œil dans les caves de nos consciences. Là où la folie fermente parfois.

Faits divers: Sierre, Caves de la Maison de Courten, jusqu'au 18 fév., puis du 25 fév. au 4 mars, tous les jours à 20 h 30, di 18 fév. et 4 mars à 18 h 30 et 20 h 30 (tél. 027/455 85 35).