«69, année érotique», susurrait Jane Birkin il y a un demi-siècle. L’hédonisme flower power, c’est fini, les starlettes aussi. Et, depuis l’affaire Weinstein, les lignes de force bougent. Le festival qui, il y a quelques années encore, se faisait sermonner à cause du peu de réalisatrices sélectionnées comble son retard. Il envoie même un communiqué de presse pour prouver, chiffres à l’appui, qu’il progresse sur le chemin de la parité. L’équipe 2019 se compose de 48% de salariées; les quatre jurys sont désignés de façon paritaire; le Comité de sélection est paritaire; 26% des longs métrages inscrits et soumis à une sélection à Cannes ont été faits par des femmes. Au total, 19 des 69 films de la Sélection officielle sont réalisés par des femmes, soit 27,5%.

C’est bien, mais peut faire mieux. Sans toutefois oublier la parabole d’Alice Rohrwacher. Pour la réalisatrice italienne, il ne sert à rien de demander au rescapé d’un naufrage pourquoi il est vivant, il faut plutôt interroger le chantier naval, l’armateur et le capitaine sur les raisons du naufrage. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de filles dans les écoles de cinéma? Pourquoi les producteurs rechignent-ils à confier de gros budgets à des femmes?

Le Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, comporte quatre rôles, tous féminins. La réalisatrice et ses comédiennes ont foulé la tête haute le tapis rouge. Ces cinq femmes présentent le meilleur film de la Compétition. Et marchent peut-être vers une seconde Palme d’or féminine en 72 éditions du festival. 2019, année paritaire?