Pour réjouir les yeux, il y a les films, et aussi les défilés de mode sur tapis rouge. Pour réchauffer le porte-monnaie, il y a les contrats juteux qui se font dans les entrailles du Palais. Et pour se réchauffer le cœur? Les ovations que la salle réserve à l’équipe du film après la première. Ce sont de véritables épiphanies, des visages baignés de larmes, des embrassades à n’en plus finir, pleurs, pleurs de joie! Les quatre comédiennes et la réalisatrice du Portrait d’une jeune fille en feu sont transfigurées par l’enthousiasme qui embrase le Grand Théâtre Lumière dix minutes durant.

L’émotion est tout aussi palpable dans la salle Debussy. A la fin de la projection, des réalisateurs venus de Chine ou du Québec ont noué un lien avec les spectateurs. On voit des acteurs inconnus prendre vie, rire et parfois mourir à l’écran; les voici, moins grandioses mais plus proches, ramenés à leur dimension humaine.

La «Grande Fille» du film de Kantemir Balagov ne mérite plus son sobriquet de Girafe, sa partenaire est moyennement glam sous ses frisottis rouges, mais leurs larmes nous touchent, comme celles des deux sœurs de La Vie invisible d’Euridice Gusmão. Quand leur collègue Barbara Santos esquisse un pas de danse, c’est un fragment du carnaval de Rio qui s’invite dans la liesse. Ils sont précieux ces moments qui, transcendant les langues et les cultures, font brièvement croire à la fraternité universelle.