éditorial

Cannes: le mythe à l’épreuve du réel

ÉDITORIAL. Le festival cannois a vécu sur sa réputation de «plus grand événement du cinéma mondial». Mais les temps changent plus vite que le rendez-vous méditerranéen.

C’était hier, c’était en 2015: une invitée se faisait refouler parce qu’elle portait des talons plats. Aujourd’hui, la réalisatrice Kelly Reichardt, membre du Jury, foule en pantalon et avec classe le tapis rouge.

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C’était hier, c’était en 2016: la question féministe agaçait le Festival de Cannes, alors que seules deux réalisatrices figuraient en compétition et que l’Angleterre s’apprêtait, après la Suède, à imposer la parité des sexes pour la fabrication des films. La situation progresse de façon chiffrable. Selon un communiqué officiel, l’équipe 2019 comporte 48% de salariées et 27,5% des films de la Sélection officielle sont réalisés par des femmes. Elles n’ont – hélas! – toujours pas accès à la Palme d’or. En 72 éditions, seule Jane Campion a reçu la récompense suprême pour La Leçon de piano. Cette année, Céline Sciamma aurait fait une parfaite récipiendaire avec le bouleversant Portrait de la jeune fille en feu. Encore raté…

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L’avancée féministe ne dispensera pas la prestigieuse manifestation d’agir dans d’autres domaines, notamment celui de l’écologie. Noria de berlines, ballet d’hélicoptères et de jets privés, yachts géants dont le moteur tourne non-stop (pour garder le champagne au frais), gaspillage de nourriture: plusieurs associations écologiques dénoncent un «immense gâchis» et incitent le glamour à un peu de modestie.

Le Festival de Cannes a vécu sur sa réputation de «plus grand événement du cinéma mondial». Les temps changent plus vite que le rendez-vous méditerranéen. On l’a vu il y a deux ans avec la crise déclenchée par deux films produits par Netflix, venant casser la routine des circuits de diffusion. Hollywood, qui a longtemps considéré Cannes comme un tremplin pour ses produits, se fait rare. Belle occasion de découvrir d’autres horizons et de rajeunir le cheptel. Que Parasite, de Bong Joon-ho, soit le premier film coréen à décrocher la Palme d’or ouvre de nouvelles perspectives.

Cette attention accrue aux talents émergents et aux cinématographies affranchies de l’axe franco-américain achoppe toutefois encore sur des valeurs périmées, comme une Palme d’honneur à Alain Delon, dinosaure indissoluble dans le féminisme, ou un Rendez-vous avec Sylvester Stallone, emblème suranné de l’impérialisme américain.

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