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La Canopée des Halles, de l'espace et de la lumière au cœur de Paris.

Architecture 

Sous la canopée des Halles, le souffle du nouveau Paris

La nouvelle canopée des Halles et la rénovation du centre commercial attenant entendent symboliser le renouveau de la capitale Française

Au centre des longues tables en bois massif, un rail de plastique mobile vous apporte, à votre place géolocalisée, les consommations commandées via votre téléphone portable. Le Za Café, conçu par le designer Philippe Starck, est à l'image de la nouvelle Canopée des Halles sur laquelle ouvre sa grande baie vitrée tatouée de milliers de lettres. De l'espace. De la lumière. Des reflets dorés qui ricochent sur le plancher de bois clair lorsque le soleil disparait derrière la bourse du commerce toute proche, où le milliardaire François Pinault – qui vient d'en obtenir la concession – présentera bientôt les dernières pièces de sa collection d'art moderne.

L'habitué des lieux perd facilement ses repères. Au cœur de Paris, le forum des Halles qui succéda dans les années 1970 à l'emblématique marché de gros déménagé vers Rungis, était d'abord un centre commercial. Du shopping version populaire, aimant de la jeunesse de banlieue débarquée du RER. Changement radical. Les Halles flirtent maintenant avec le ciel. Le jardin adjacent sera ouvert fin 2017. L'ancien «trou» peut respirer. Trois années de travaux à prés d'un milliard d'euros – non sans problématiques dépassements budgétaires – l'ont ramené à la surface.

Un parvis devenu patio

Le projet de la canopée était celui de l'ancien maire, Bertrand Delanoë, premier élu socialiste à reprendre, en 2001, les rênes de la capitale française après les décennies Chirac et l'intermède Tibéri. Il a été inauguré, le 6 avril, par Anne Hidalgo qui lui a succédé en 2014. Objectif de cette couverture de verre et d'acier conçue comme une feuillage artificiel: redonner de l'allure et de la vie à la dalle, désormais protégée de la pluie et à ciel presque ouvert. Dans leur version «forum» des années 1980, les Halles n'avaient pas d'existence ou de dessein propre, condamnée à voir transiter sur son pavé les millions d'acheteurs, pour les déverser dans les échoppes des différents sous-sols via des volées d'escalators. Symbole: l’accès principal se faisait par la Fontaine des Innocents, via un parvis tourné vers le Centre Pompidou, le boulevard de Sébastopol et la place du Chatelet. Changement d'orientation aujourd'hui: la Canopée couvre l'entrée ouest, face à la bourse du commerce et à l'église Saint Eustache. Négoce et histoire. Un grand escalier permet d'accéder au centre commercial. Le parvis est devenu patio. On déambule avant de descendre. Le client se mue en promeneur, voire en flâneur, dans l'attente de déambuler dans les espaces arborés du jardin voisin, dont l'ouverture est prévue l'an prochain.

Mutation? «Non, révolution», rétorque Victoria Ducluzeau, la responsable de la communication du Za Café, l'un des lieux les plus emblématiques de ce nouveau cœur de Paris. Philippe Starck, son concepteur, avait jadis dessiné le café Costes, face à Beaubourg. La preuve éloquente de la frontière urbaine d'antan. D'un coté, le musée d'art moderne, les artistes de rue et le rendez-vous de l'élite chic. De l'autre, coté Halles, des immeubles en forme de cube posés sur les autres, condamnés à pleurer le souvenir du vieux marché et de ses abattoirs. «Les Halles avaient fini par repousser une clientèle urbaine demandeuse de style et d'espace. C'était un non-endroit», poursuit notre interlocutrice. La Canopée veut transgresser cela. Au dessus du Za Café, le conservatoire des quatre premiers arrondissements de Paris ouvre désormais grandes ses baies vitrées. Une bibliothèque jouxte ses locaux. Le Za Café, lui même, propose à ses clients d'imprimer des livres à la demande. «Si cela vieillit bien, ce peut être une très belle réussite explique André, un commerçant du niveau -2. Nous avions besoin de glamour. Les Halles ne gagnaient rien à être un trou.»

De l'eau qui éclabousse

Reste à défier le temps, l'usure et les malfaçons. La maire de Paris Anne Hidalgo a peu apprécié le tsunami de très méchants commentaires au sujet des fuites de son toit d'acier et de verre, sur lequel l'eau de pluie est supposée couler pour retomber en forme de fontaine au milieu du parvis. Déjà pointée du doigt pour son coût faramineux (le budget initial prévoyait 200 millions d'euros), la canopée des Halles symbolise aussi les excès d'une France droguée à la dépense publique. Mauvaise conception ou erreurs de fabrication? Les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, pères de la Canopée, se retrouvent sur le grill au vu des trombes d'eau qui se déverse sur les escaliers au moindre coup de vent. L'eau censée glisser rebondit et éclabousse. Les salissures de la pollution rendent le verre opaque et noircissent les tubulures. Quid de la Canopée dans dix ans, ou en cas de déluge automnal?

C'est un endroit à vivre qu'il faudra apprécier dans sa totalité, avec le jardin répond-on à la Mairie de Paris. Avoir redonné du sens à cet espace est en soi extraordinaire.

On confirme. L'envie de rester assis là, dans les salles lumineuses des bistrots et restaurants qui ceinturent la nouvelle dalle, est une évidence. S'y attarder n'est plus une peine, même si l'inévitable faune de dealers et de pickpockets descendus des trains et métros en sous sols ne va sans doute pas tarder à reconquérir l'endroit. Les Halles bruissaient autrefois du va et vient des camions, des caisses de légumes et des carcasses de viande que l'on charriait. Les voici pacifiées, prêtes à accueillir expositions, conférences et festivals. Souvent ciblée pour son manque de modernité, et montrée du doigt pour l'envers des grands travaux des années Mitterrand  – comme ces filets hideux qui continuent d'entourer l'opéra Bastille pour en retenir les plaques de marbre, ou les cicatrices de béton sur l'Arche de la défense –, Paris puise l'énergie de sa revanche dans ce qui fut le berceau de son âme populaire et marchande. Malgré ses imperfections, la canopée apporte l'oxygène dont la ville-lumière a besoin pour éviter de devenir une ville-musée.

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