Spectacle

Dans le canton de Neuchâtel, l’ivresse du beau geste

L’ex-danseur Philippe Olza et la chorégraphe Nicole Seiler proposent dès ce mercredi Hiver de danses, festival riche en pièces rares à découvrir jusqu’en juin

Une bonne marche républicaine. Non pas celle d’Emmanuel Macron et de ses troupes fondant sur l’Elysée à l’époque où les «gilets jaunes» ne battaient pas le pavé. Mais celle de l’artiste suisse Foofwa d’Imobilité, majorette ou fantassin selon l’humeur. Le vendredi 1er mars, journée de la Proclamation de la République de Neuchâtel, il prendra son élan à La Chaux-de-Fonds et descendra au pas du trotteur jusqu’à la capitale. Danseurs de la région et spectateurs ailés pourront s’adjoindre à lui, histoire de vivre «cette dancewalk citoyenne», proposée à Paris il y a quelque temps.

Cette traversée carnavalesque vaut comme symbole d’Hiver de danses, ce festival qui commence ce mercredi au Théâtre de la Poudrière avec Orthopädie or to be, face-à-face émouvant entre deux danseurs, l’un dans le feu de sa jeunesse, l’autre dans la force de l’âge – la Zurichoise Meret Schlegel. Nicole Seiler et Philippe Olza ont imaginé à quatre mains une programmation où des formes sophistiquées côtoient des pièces superbement toquées, de nature à enthousiasmer des néophytes.

Fleuve d’hiver? Oui, avec crue printanière. Cette fête du beau geste courra jusqu’en juin, sur les hauteurs du Théâtre populaire romand (TPR), chez son cousin neuchâtelois du Passage, au Temple allemand comme au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel.

Le Temps: En 1996, Josiane Cuche et François Nyffeler fondent Association Danse Neuchâtel (ADN), qui lance en 2009 le festival Hiver de danses. Quelle est son originalité?

Philippe Olza: Il couvre toute la région neuchâteloise, pas seulement une ville. Dans un canton où ça ne va pas de soi, la danse contemporaine fédère dans une même programmation des institutions de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel, des salles et des musées, sans oublier une serrurerie.

Vous proposez une dizaine de spectacles et des tables rondes pour les éclairer. Quelle est votre ligne?

La diversité. Nous ne voulons pas privilégier une esthétique, mais donner le goût au plus grand nombre de découvrir des artistes suisses qui rayonnent pour la plupart aussi à l’étranger. Notre public n’est pas acquis, il n’est pas forcément connaisseur comme celui du Théâtre de l’Arsenic à Lausanne ou de l’Adc à Genève. Il faut donc le séduire et le surprendre, lui donner des clés surtout.

Ça passe par quel type d’action?

Nous avons demandé aux artistes de s’engager dans ce qu’on appelle la médiation. La danseuse et chorégraphe vaudoise Yasmine Hugonnet ne présentera pas seulement son beau et troublant Récital des postures. Elle proposera un atelier d’initiation à son vocabulaire chorégraphique, ouvert à tous au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel. Elle souhaite que les intéressés vivent de l’intérieur son mouvement.

Quelle place faites-vous aux artistes de la région?

Nous avons imaginé une série d’impromptus où des artistes neuchâtelois croisent leurs pratiques. Ce sera le cas du danseur Pierre-Yves Diacon qui œuvrera avec les musiciens Barbara Minder et Matthieu Amiguet, à la Serrurerie Romang à Neuchâtel en juin. Je pourrais encore citer la performance de la directrice du TPR Anne Bisang qui lira des textes sur lesquels dansera Anne Delahaye, dans le cadre somptueux de la Bibliothèque universitaire de Neuchâtel.

Pourquoi limiter cette programmation à un hiver et à un printemps?

L’enthousiasme des fondateurs, Josiane Cuche et François Nyffeler, a habitué les autorités à ce qu’une telle manifestation vive avec des moyens dérisoires. Il nous faudrait davantage de soutiens, publics et privés, pour monter une saison entière.

Qu’est-ce qui est déterminant pour vous au moment de choisir un spectacle?

Il faut qu’il touche le professionnel que je suis et le spectateur profane. Prenez VR_I, ce spectacle en immersion conçu par Gilles Jobin, accueilli au Théâtre du Passage du 14 au 17 février. Le spectateur chausse des lunettes, s’équipe d’un ordinateur qu’il porte sur le dos et de capteurs fixés sur les mains: ainsi outillé, il se retrouve à déambuler sous un ciel au bleu incendiaire, guetté par des géants qui ont la taille de gratte-ciel. Cette expérience de vingt minutes est marquante, quelle que soit sa culture chorégraphique. Nous la prolongerons le samedi 16 février par une table ronde sur l’art virtuel, afin d’interroger, avec des spécialistes, la façon dont les technologies peuvent nourrir la danse. Ces passerelles, c’est tout l’esprit d’Hiver de danses.


Hiver de danses, du mercredi 9 janvier au vendredi 28 juin. Renseignements sur le site internet du festival.

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