La pop est un champ de bataille. Les carrières parfois s’y font, puis crèvent en une saison. A ce jeu, le circuit électro ne vaut pas mieux. Au cours de la dernière décennie, combien de DJ promis à la gloire ont disparu sans sépulture? Confrontés aux succès immenses remportés par Swim (2010) et Our Love (2014), d’autres que Daniel Snaith auraient sombré. Pas l’Ontarien. Les festivals branchés peuvent bien le courtiser, et Radiohead l’embarquer en tournée, le quadra derrière Caribou privilégie sa vie de famille et fuit les promesses du music business. Après cinq ans d’absence, il publie Suddenly en père concerné et en fils inquiet.

«J’ai bouclé ce disque en août dernier, explique Dan Snaith, joint par téléphone à Londres, où il vit avec femme et enfants. En le publiant, c’est une page agitée de ma vie personnelle que je souhaite définitivement tourner.» Jusqu’à Suddenly, suivre les aventures de Caribou, c’était s’immerger dans un territoire bâti pour dire, dans la danse et l’intelligence, l’amour, le couple, la vie à deux, ses joies et dépendances. Pour guide, le chant moelleux, délicieusement maladroit parfois, de cet ex-nerd doctorant en mathématiques – sur les «symboles modulaires Siegel». Pour territoire, son électro métissée de soul, de hip-hop et de prog-rock-psyché capable de construire des passerelles singulières entre The Zombies et Stevie Wonder, entre Boards of Canada et The Beach Boys.