Musique

Carl Craig raconte le Detroit techno

Déclarée en faillite en 2013, «Motor City» vit une relance, tandis que se fêtent les 60 ans du label Motown. Invitée au festival Polaris, à Verbier, l’une de ses icônes électros relate les innovations qu’a engendrées sa ville pour la dance music et son goût intact du combat

«Detroit, pour moi, c’est le symbole de l’espoir.» Joint par téléphone à Bâle, où il présente alors le projet Versus accompagné du Sinfonieorchester Basel, Carl Craig ne se fait pas prier pour parler de sa ville natale. Quand le succès le frappait au cours des années 1990, plutôt que de quitter ce désert post-industriel pour d’autres ciels, le DJ et producteur y fondait le label Planet E, y soutenait des artistes émergents puis, parmi un nombre ahurissant de projets menés entre techno et jazz, lançait notamment les compilations Detroit Love. «Cette cité a connu l’abondance et la chute, résume-t-il. Hier déclarée morte, elle résiste à sa disparition, semblant renaître maintenant. La musique produite à Detroit traduit cette lutte pour la survie.»

L’héritage musical de Detroit est formidablement documenté. Et cela, qu’on s’intéresse tant au blues urbain de John Lee Hooker qu’au jazz moderne de Milt Jackson, au rhythm’n’blues de Motown ou au rock’n’roll saignant des Stooges, et jusqu’au hip-hop de J Dilla. Mais curieusement, avant la publication de l’essai Techno Rebels de Dan Sicko (Allia, 2019), il en allait tout différemment pour la techno, demeurée une sorte de parent pauvre du patrimoine culturel du «313» (surnom de Detroit). En effet, malgré son succès colossal vécu en Europe durant les années 1990, ce courant développé dans les interstices d’une cité alors déclarée «capitale du crime aux Etats-Unis», n’y a jamais vraiment été observé pour ce qu’il est. «Une réponse à l’isolement culturel et au désespoir qui y dominait alors», selon Carl Craig.