Carl Friedman

Mon Père couleur de nuit

Trad. de M. Cohendy

Denoël, 146 p.

Carl Friedman, fille d'un survivant des camps nazis, raconte dans ce roman bouleversant la vie quotidienne d'une famille juive hollandaise au début des années soixante. Hannah, la très jeune narratrice de Mon Père couleur de nuit (titre original: Tralievader), et ses frères aînés Max et Simon forment avec leur mère le public attentif et affectueux du père qui, jour après jour, se remémore sa vie dans les camps. «Nous, nous avons eu la varicelle et la rubéole. […] Mais le camp, nous ne l'avons pas encore eu», dit Hannah qui exprime ainsi, dans son ingénue perception du destin paternel, ce qui rend son père différent des autres pères, et du même coup sa famille différente des autres familles. A table, en promenade, au sanatorium (le père est tuberculeux et doit y effectuer une cure), la nuit, Hannah écoute les histoires monstrueuses que son père raconte, une cigarette aux lèvres, victime inguérissable et incompréhensible dont les yeux ressemblent à ceux d'un loup qu'Hannah a vu au zoo. Ici l'imagination enfantine se tient face à la barbarie, elle est pleine de couleurs, elle fait de son mieux.