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Carles Puigdemont a indiqué qu’il n’était pas venu demander l’asile mais chercher une protection face aux menaces qui pèsent sur lui en Espagne.
© Thierry Monasse/Corbis/Getty Images

Catalogne

Carles Puigdemont, un visiteur plus qu’encombrant pour la Belgique

La venue du leader catalan et de cinq membres déchus de son gouvernement plonge Bruxelles dans l’embarras. Le premier ministre belge semble coincé entre ses partenaires européens et ses alliés nationalistes flamands

En indiquant le 28 octobre que le leader catalan déchu Carles Puigdemont pourrait en théorie demander l’asile politique en Belgique, Theo Francken, le ministre belge chargé de l’Asile et de la migration – issu du parti nationaliste flamand N-VA –, avait-il conscience que ce dernier confronterait tout aussitôt ses propos à la réalité?

«Européaniser» la question catalane

La confirmation, le lundi 30 dans la soirée, de la venue à Bruxelles, d’où il compte d’ailleurs continuer son action, de l’ex-président du gouvernement catalan a en tout cas créé une belle controverse dans le Plat Pays, le premier ministre, Charles Michel, ayant d’ailleurs été sommé par l’opposition de s’expliquer.

Officiellement, le gouvernement fédéral belge n’a rien à voir dans la venue du leader catalan et de cinq membres de son gouvernement déchu à Bruxelles. Le Catalan l’a lui-même spécifié hier lors de sa conférence de presse et a refusé d’associer la Belgique et ses partis politiques à sa démarche, Bruxelles étant tout simplement à ses yeux «la capitale de l’Europe» et donc le lieu pertinent pour «européaniser» la question catalane.

Pas de traitement de faveur

Carles Puigdemont a également indiqué qu’il n’était pas venu demander l’asile mais chercher une protection face aux menaces qui pèsent sur lui en Espagne. Il n’a eu en outre «aucun contact» avec des politiciens belges à ce jour, ni même avec la N-VA, avec qui il a toutefois quelques «sympathies».

Insuffisant? Le premier ministre belge, Charles Michel – issu du parti francophone Mouvement réformateur –, s’est en tout cas senti obligé de sortir du bois hier. Alors que ses porte-parole refusaient lundi de confirmer la présence de l’ex-gouvernement catalan, Charles Michel a expressément indiqué hier que Carles Puigdemont ne bénéficierait pas de traitement de faveur en Belgique.

Il «sera traité comme n’importe quel autre citoyen européen. Monsieur Puigdemont n’est en Belgique ni à l’invitation, ni à l’initiative du gouvernement belge», a-t-il martelé. Le groupe Ecolo-Groen à la Chambre des représentants a néanmoins demandé des explications à Charles Michel, jugeant que l’attitude «d’une composante de son gouvernement» expose le pays à de graves conséquences internationales.

Une situation délicate pour le premier ministre

Pour Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, la situation pourrait devenir très compliquée pour Charles Michel si Carles Puigdemont s'éternisait sur ses terres. Alors qu’il avait été l’un des rares dirigeants européens à dénoncer le manque de dialogue de la part de Madrid et sa gestion de la crise, il pourrait faire face à l’«isolement» de son pays dans le concert des nations européennes qui ont pris fait et cause pour Madrid.

Et sur le plan interne, cela le met aussi dans une situation très délicate, Charles Michel s’étant justement rendu «populaire» auprès des électeurs flamands en critiquant les violences policières lors du référendum catalan. Difficile pour lui de changer de registre, sous peine de se mettre cette partie flamande à dos: elle occupe des postes très importants dans la coalition au pouvoir, entre asile et finances, et il lui doit largement son poste de premier ministre obtenu aux élections de 2014.

La question des conférences de presse

Le parti nationaliste, qui fait depuis des années la pluie et le beau temps dans le pays, n’est pas non plus prêt à renoncer à soutenir les leaders catalans, alors que se profilent en Belgique d’importantes élections communales en 2018 et fédérales en 2019.

D’autres questions pratiques pourraient aussi se poser: Carles Puigdemont, dont le parti participera en Catalogne aux élections régionales anticipées du 21 décembre prochain, pourra-t-il donner des conférences de presse pour défendre ses idées? Mardi matin, le gouvernement belge semblait avoir provisoirement trouvé la parade, en refusant qu’une salle initialement convoitée par les dirigeants catalans mais dépendant du gouvernement fédéral se libère pour cet événement.

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