Silhouettes fantomatiques perforées, long cortège de prêtres habillés de robes noires, femmes mutiques affublées de sac à main, hommes au chapeau à plume rappelant ses années passées sous l’uniforme des chasseurs alpins: tous défilent, déterminés, au milieu d’oiseaux, de mules, de saxophonistes et de barges chargées de personnages hiératiques ou de créatures exotiques, éléphants, chameaux ou autres lions. C’est lui, Carlo Zinelli (1916-1974), le metteur en scène de tout ce petit théâtre d’ombres, de tout ce petit monde énigmatique d’hommes et de femmes cabossés, meurtris, parfois amputés, mais debouts, vivants.

«Son œuvre, sorte de conte autobiographique, représente une véritable révolution formelle, souligne le marchand d’art brut parisien Christian Berst. L’itération, la dislocation, le dédoublement, l’atrophie, la stylisation, l’absence de perspective, les variations de plan et d’échelle, l’écriture dans les interstices qui bat comme un pouls, tout ceci confère à la composition un rythme d’une modernité effrénée.»