Série TV

«Carnival Row», un piège à fées

Dernière grosse production fantasy d’Amazon Prime, la série met en scène Cara Delevingne et Orlando Bloom dans un monde où humains et créatures magiques peinent à cohabiter. Intéressant à défaut d’être envoûtant

C’est l’histoire de deux nations qui se font la guerre pour un même territoire et ses richesses. Jusque-là, classique. Sauf que les hommes de Burgue et du Pact se disputent un pays loin d’être banal: Anoun est peuplé de fées aux ailes bleutées, de centaures ou encore de Pucks – créatures mi-homme, mi-bouc. Après que le Pact eut finalement pris le contrôle de leurs terres, persécutés puis décimés, ces êtres magiques ont dû fuir pour rejoindre, en bateau et à leurs risques et périls, la cité de Burgue.

C’est là que Carnival Row, grosse production Amazon Prime dévoilée fin août, nous emmène: une ville brumeuse, sorte de Londres du XIXe avec ses calèches, sa rivière grise et ses trains à vapeur suspendus. Vignette, fée rebelle au nom cocasse incarnée par Cara Delevingne, y échoue elle aussi. Quelle n’est pas sa surprise de retrouver là Rycroft Philostrate – décidément –, un enquêteur au chapeau melon joué par Orlando Bloom. Car elle avait rencontré le bonhomme à Anoun sept ans auparavant, était tombée amoureuse de lui… et le croyait mort. Bisbilles entre ces ex-amants, qui sont aussi les figures phares – et arguments marketing ultimes – de Carnival Row.

Astucieux timing

Mais la série dépasse leur seul coup de foudre. Car la république de Burgue ne veut ni de Vignette ni de ses amis hybrides, surnommés vulgairement les «Critchs», traités comme des envahisseurs venus piquer les emplois et corrompre les citadins. En plus d’être exclus, condamnés à la précarité – Carnival Row fait référence au quartier rouge où nombre d’entre eux travaillent, les Critchs sont régulièrement la cible d’un serial killer. Philostrate empoigne courageusement l’enquête. Mais celle-ci viendra se heurter aux secrets de son propre passé…

Mêlant thriller noir, fantasy et romance, le scénario de Carnival Row est ambitieux, voire légèrement éparpillé – mais a le mérite de ne se baser sur aucun matériel original. Initialement conçue comme un long métrage piloté par Guillermo del Toro, qui abandonnera plus tard le navire, la série mettra vingt ans à voir le jour sous la houlette des scénaristes René Echevarria et Travis Beacham. Timing plutôt opportun pour Amazon dont on attendait, depuis la fin de Game of Thrones ce printemps, qu’elle dégaine sa carte historico-fantastique.

Lire aussi:  Indira Varma, une Suisso-Britannique à l’assaut des séries

Pourtant, les deux séries n’ont pas grand-chose à voir, et pas seulement parce que Carnival Row a opté pour un – majestueux – décor industriello-victorien. Là où le succès de HBO mettait en scène des rivalités de clans sanglantes, Carnival Row dénonce plutôt l’intolérance face à la différence, l’inaction face à la détresse de réfugiés vulnérables. Un propos pas toujours subtil mais qui donne à la série une teinte politique et contemporaine pas inintéressante. D’ailleurs, plutôt que de la quête parfois ennuyeuse de Philostrate, on se réjouira davantage des aventures d’Imogen, une jeune bourgeoise amenée à fréquenter un Puck à cornes… qui finira peut-être bien par lui plaire.


Carnival Row. Huit épisodes déjà disponibles. Amazon Prime Video.

Publicité