Genre: Roman
Qui ? Célia Houdart
Titre: Carrare
Chez qui ? P.O.L, 144 p.

Carrare est un récit, mais c’est aussi une sorte de carnet de notes, un recueil d’observations. Le premier livre de Célia Houdart s’intitulait Les Merveilles du monde (P.O.L, 2007), en référence au Livres des merveilles de Marco Polo. Mais on pourrait lire aussi, dans ce premier titre, un projet qui serait celui de collectionner le réel dans ce qu’il a de merveilleux, de ténu, d’éphémère, de beau et de poignant.

Célia Houdart compose la trame de Carrare à l’aide d’instantanés dérobés au temps, comme suspendus dans le présent. Elle donne au livre une couleur cinématographique. Le lecteur est un spectateur qui assiste, en voyeur ravi, à cette succession de scènes. Il se réjouit du regard minimal et précis que l’écrivain porte sur les choses: «Il pouvait lire les départs et les arrivées des trains sur un petit écran fixé à un mur. Il feuilleta le supplément télévision d’un journal quotidien. Il but un Martini. Puis un jus de tomate. Il aspira à la paille au fond du verre le jus de tomate qui était resté dans le creux des glaçons. Il piqua avec un cure-dent les olives que le barman déposait régulièrement devant lui dans une soucoupe. Au bout d’un moment, il eut la nausée. Il rejoignit le hall.»

Il y a d’abord Marian qui prend un petit déjeuner rapide – «un expresso et un croissant fourré à la confiture d’abricot» – dans un bar de Milan. Elle rejoint ensuite le tribunal – «un bâtiment des années 1990 à la façade monumentale». Marian possède une robe noire. Elle est juge. Elle a perdu une bague, qui appartenait à sa mère, et qu’elle cherche en vain. Apparaît ensuite un homme «brun et mince», menotté, qui sort d’un fourgon. On apprendra plus tard qu’il s’appelle Marco Ipranossian, qu’il est Arménien et qu’il est l’accusé du procès qui se tient. Focale sur Andrea, le mari de Marian, dans leur appartement. Spécialiste des textiles anciens, il espère un poste de professeur de sanscrit à l’Université de Sienne. Projet difficile. Andrea et Marian ont une fille, Lea, qui veut être sculpteur. Elle apprend à travailler le marbre dans les carrières de Carrare. Progressivement, le récit va quitter la mère – qui retrouve sa bague par hasard – pour suivre la fille qui s’en va aux Etats-Unis.

Tous ces personnages sont suivis par l’œil de Célia Houdart avec rigueur et précision. Parcimonie de l’information. Les personnages n’ont pas d’intériorité palpable, les lieux demeurent lisses. Leur importance, les liens qu’ils tissent entre eux, tout cela est laissé au-dehors du texte, à l’imagination du lecteur.