Cinéma

Sur la carte de Bong Joon-ho

Le Festival international de films de Fribourg a proposé une carte blanche au cinéaste coréen, qui a sélectionné trois films asiatiques et trois productions américaines

Il est toujours intéressant de découvrir les films que chérissent les grands cinéastes. A l’occasion du 33e Festival international de films de Fribourg (FIFF), c’est le Coréen Bong Joon-ho qui s’est prêté au jeu, sélectionnant six longs métrages pour la section «sur la carte de». Le réalisateur devait venir en personne présenter ces titres, mais la post-production de son septième long métrage, Parasite, l’a retenu à Séoul. A deux mois de l’ouverture du Festival de Cannes, où il a déjà dévoilé deux de ses œuvres, on comprend l’urgence.

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Bong a néanmoins envoyé au festival six petites vidéos introductives. On le voit chez lui, devant une bibliothèque garnie de centaines de DVD. On distingue un coffret Otto Preminger, un classique de Jean Renoir. Aucun doute: le Coréen est un réalisateur-cinéphile, comme le sont Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. Au téléphone, il confie: «Cela fait maintenant vingt ans que je suis réalisateur. Pendant que je tourne, je n’arrête jamais de regarder de nouveaux films.» Lors de ses études à la Korean Academy of Film Arts, il était déjà obsédé par l’idée de voir le plus de films possible. Il se rappelle sa découverte, au Cercle culturel français, de Jean-Pierre Melville et Claude Chabrol. Les cinémas italien et allemand l’ont également beaucoup inspiré.

Dictature et censure

Au FIFF, il a par contre choisi de présenter trois œuvres américaines sorties entre 1966 et 1974: L’opération diabolique, de John Frankenheimer, L’épouvantail, de Jerry Schatzberg, et Sugarland Express, de Steven Spielberg. «J’aime tout particulièrement les films des années 1970», dit-il en expliquant qu’il a retenu des œuvres qu’il n’a jamais eu l’occasion de voir sur grand écran – il pensait être présent à Fribourg et se fondre au milieu des spectateurs.

Lorsque adolescent il regardait la télévision, il ne se rendait pas compte que certains films étaient diffusés dans des versions tronquées. Bong a grandi dans les années 1970-1980, une époque marquée par la dictature militaire et une censure conservatrice. Si un personnage présentait des ambiguïtés quant à son orientation sexuelle, comme Al Pacino dans L’épouvantail, le film était coupé. Parfois, ce sont carrément les dialogues qui étaient modifiés lors des doublages. C’est ainsi que dans Le lauréat (1967), de Mike Nichols, Dustin Hoffman n’a pas une liaison avec la mère de sa petite amie, mais avec sa tante.

Les trois autres titres du programme «sur la carte de» sont asiatiques. Bong a choisi Barberousse (1965), d’Akira Kurosawa, moins connu que Rashômon (1950) ou Les sept samouraïs (1954). Autre auteur vénéré, le Hongkongais Wong Kar-wai. Sa deuxième réalisation, Nos années sauvages (1990), doit beaucoup à la magnifique photographie du chef opérateur australien Christopher Doyle, explique le Coréen, qui se dit très sensible à tout ce qui touche à la lumière et au cadre. Etudiant, il regardait beaucoup de films d’action venus de Hongkong. Le cinéma de l’ex-colonie britannique était extrêmement dynamique et innovant dans les années 1980-1990, c’est moins le cas aujourd’hui, regrette-t-il.

Lecture politique

Pour compléter sa carte du tendre cinéphilique, il fallait une production coréenne, en l’occurrence Transgression (1974), de Kim Ki-young, moins connue en dehors de la Corée que La servante (1960). «Kim Ki-young est un grand maître qui a beaucoup appris à des réalisateurs comme Lee Chang-dong, Park Chan-wook ou moi-même. Il s’agit d’un auteur bien plus inventif et audacieux qu’une bonne partie de la génération actuelle.»

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S’il fallait trouver un dénominateur commun aux films présentés dans cette carte blanche, on pourrait retenir la manière dont ils traitent tous de problèmes de société. Il en va de même de l’œuvre de Bong. Si le Coréen s’est frotté à de nombreux genres, polar (Memories of Murder, 2003), film de monstre (The Host, 2006), drame (Mother, 2009) ou encore anticipation (Snowpiercer, 2013), ses films s’interrogent toujours sur la société, se prêtant même souvent à une lecture politique. «Je ne cherche pas à imposer de message, mais comme je m’intéresse à l’individu, cela vient naturellement», confie-t-il.


33e FIFF, jusqu’au 23 mars. Vidéo-conférence avec Bong Jooh-ho, mardi 19 mars à 14h, cinéma Arena 7. Entrée libre.

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