Le poche de la semaine

«Cartographie des nuages» de David Mitchell

Un roman qui est un écheveau d’histoires emboîtées les unes dans les autres comme autant de poupées gigognes

Genre: POCHE
Qui ? David Mitchell
Titre: Cartographie des nuages
Trad. de l’anglais par Manuel Berri
Chez qui ? Points/Seuil, 720 p.

Six personnages en quête de lecteurs. Six partitions où, à des époques différentes, se mêlent thriller et roman d’aventures, comédie de mœurs et anticipation. Six récits apparemment décousus, mais reliés par des fils invisibles… On sait que David Mitchell (né en 1969 en Grande-Bretagne, deux fois finaliste du Booker Prize) aime les acrobaties littéraires et on les retrouve dans cette Cartographie des nuages , dont les multiples pistes s’ouvrent, se ferment, s’entrecroisent et se font écho au hasard de coïncidences savamment orchestrées. Quels sont donc les points communs entre un navigateur égaré chez les Aborigènes au mitan du XIXe siècle, un jeune aigrefin qui débarque chez un compositeur belge au début des années 1930, une journaliste confrontée à un dangereux complot nucléaire, un éditeur contraint de se réfugier dans un asile sordide pour sauver sa peau, un androïde rattrapé par Big Brother et le rescapé d’une catastrophe atomique qui doit réapprendre à parler?Réponse dans cette Cartographie des nuages , un écheveau d’histoires emboîtées les unes dans les autres comme autant de poupées gigognes. Les lecteurs pressés s’abstiendront. Les autres devraient beaucoup s’amuser en recollant les morceaux de ce puzzle qui n’est pas seulement un divertissement pour amateurs de casse-tête parce qu’on y entend, en sourdine, la voix d’un véritable moraliste. Qui peint, à travers les époques, une humanité aux prises avec les mêmes trahisons, les mêmes aliénations, les mêmes illusions.

Résultat: cette performance formelle est aussi un conte philosophique précieux, sous le signe de Borges et de Calvino.

André Clavel

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