Qui ? Benoît Charlat
Titre: Mon oiseau à moi!
L’Ecole des loisirs/Loulou & Cie. Dès 18 mois

C’est l’histoire d’un oiseau dans une cage; le livre, c’est la cage, il en a la forme, et même le trou en haut pour le suspendre si l’envie nous en venait.

L’oiselet a l’air de s’ennuyer, alors l’enfant lui donne un ballon, une fleur, une glace, la télé… De bonne composition, il accepte tous ces cadeaux, les essaie l’un après l’autre mais très vite s’en désintéresse: le vague à l’âme est toujours là. Au moment de refermer le livre-cage, on remarque une porte entre les barreaux, une porte qui s’ouvre. Alors l’enfant comprend ce qui lui manque vraiment, à son oiseau.

Cette historiette toute mignonne raconte notre monde: la surconsommation, le mal-être que l’on croit pouvoir soigner par l’abondance, les échappatoires qui sont autant de leurres, la télévision et la nourriture pour espérer combler des manques, et pourtant… Aucun objet, aucune fausse distraction ne pouvait remplacer le besoin essentiel, immatériel de l’oiseau: la liberté.

Voilà pour le fond; et si l’on ajoute à cela la maîtrise du trait de Benoît Charlat, son sens de l’économie de la page, et surtout, surtout les mimiques irrésistibles du canari contrit, cette brève lecture devient une petite fête de drôlerie, de finesse et de perspicacité.

Claire Garralon n’est pas la première à se pencher sur le rond et ses multiples déclinaisons, mais son album dépasse la réflexion plastique, ludique, pour déboucher, en fin de parcours, sur des préoccupations d’ordre éthique et humaniste. Tout ça pour des enfants de 2 ans? Mais oui, il suffit de ne pas le leur dire, il suffit de leur mettre ce genre d’ouvrages entre les mains, et comme il parle autant à leur sensibilité qu’à leur intelligence, le chemin se fera tout seul, l’enfant devinera que cette histoire de ronds, ça parle aussi des hommes et du monde.

Des ronds rouges donc, chacun unique, chacun différent de l’autre, des ronds qui se parent de motifs tandis que d’autres n’en font qu’à leur tête, des ronds «presque ovales» et d’autres «limite carrés»…

Page après page, les variations se déclinent, les différences se multiplient pour proposer en fin de parcours une belle cartographie, pointilliste bien entendu, où toutes les diversités évoquées trouvent leur place, composent un pays, un continent, un monde. Notre monde.

Comment ne pas saluer là une démarche artistique engagée et subtile?