Livres

Caryl Ferey, la vie comme un thriller

Spécialiste du polar aux antipodes, l’auteur de Zulu se raconte dans un livre étonnant de franchise

Il commence par parler de Cannes, de la gentillesse de Forest Whitaker, acteur dans l’adaptation du roman Zulu. Un peu bling-bling, comme entrée – son éditrice lui fait le reproche, il le raconte –, mais c’est pour mieux jouer du contraste: Caryl Ferey, écrivain vedette dans le polar francophone, a grandi dans une bourgade bretonne «entourée de vaches analphabètes» peuplée de «braves ploucs». Loin de Cannes.

Pour son arrivée chez Albin Michel après la Série noire de Gallimard – et des romans pour la jeunesse –, Caryl Ferey offre ses mémoires. L’année de ses 50 ans, n’est-ce pas un peu prétentieux? L’auteur parle d’un «livre un peu hybride». Et il a sa franchise pour lui.

Opposition au monde actuel

Caryl Ferey assume son genre, rebelle à la manière rock d’ancien style – «pourvu que ça brûle, hein» –, antiglobalisation en colère permanente, explorateur des différences. Son opposition au monde actuel, il la situe dans cette enfance à l’Ouest, dans les confessions d’une petite amie lui disant un jour avoir été violée, naguère. Bas secrets de province. Non qu’il semble apprécier Paris: il est lui-même hors de France.

C’est devenu sa marque. Les thrillers de Caryl Ferey reposent sur ses voyages. Il a voulu écrire depuis presque toujours; les antipodes lui ont permis de mettre ce désir en pratique, travailler sur la matière, des mots autant que celle des humains.

L’écrivain a son égocentrisme, ainsi quand il apprend à son lecteur, en passant, comme une incidence, qu’il a eu une fille – plus tard, au moins, elle prend une meilleure place. Il conte ses années de galère et de RMI, ses emprunts aux amis, ses mois «qui finissent le 10».

Description de son réseau avec d’amusants surnoms

Mais les autres latitudes ont ouvert la fenêtre. Cela commence par un billet «open» qui le conduit en particulier en Nouvelle-Zélande, un coup de foudre. Il entre en série noire avec Plutôt Crever, puis Utu, en 2003, déjà l’exotisme de l’autre bout du monde. Suivront l’Afrique du Sud (Zulu) et l’Argentine, puis le Chili (Mapuche), le voyage le plus rude, même en collectif – cette fois, il a eu les moyens d’inviter des amis.

Il décrit son petit réseau avec d’amusants surnoms, et à moins d’en être proche, il n’y a guère intérêt à enquêter sur les identités: dans ce livre, ce sont des personnages plus que des figures réelles. Il y a le grand copain Chevalier-Elegant, Ourson-Producteur ou la Bête, le personnage le plus savoureux, «architecte de formation spécialisé dans la destruction de tout en général et de lui-même en particulier».

Un récit pareil un thriller, en plus léger

Au long des voyages et des péripéties, avec les interventions parfois cocasses de ses coéquipiers, Caryl Ferey noue un récit qui ressemble à un thriller, en plus léger. Un peu comme un roman d’aventure du XIXe siècle, toutefois assombri par les affres de la mondialisation moderne. En sus, le lecteur entre dans la fabrique de l’écrivain, lequel n’hésite pas à préciser combien il s’inspire de personnages réels croisés sur son chemin. Pourvu qu’ils brûlent.

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