Connaissez-vous la une du Washington Post du 11 septembre 2001? Pas celle du lendemain, évidente entre toutes. Le Cas Kissinger donne la réponse. C'est même le point culminant du documentaire américain présenté ce soir dans le cadre du 1er Festival international du film sur les droits humains de Genève. Le moment où le récit, après avoir retracé la longue et troublante carrière de l'emblématique diplomate américain, bascule dans une actualité en forme de métaphore vertigineuse.

Le matin des attentats de New York et de Washington, le quotidien américain révèle que René Schneider Jr, fils du chef d'état-major des forces armées chiliennes assassiné en 1970, porte plainte contre Kissinger pour avoir provoqué la mort de son père. Ce qui devait constituer une étape fondamentale dans la remise en cause de trente ans d'une realpolitik longtemps enrobée de glamour se retrouvait relégué, presque torpillé, par le déclenchement d'une traque mondiale contre le terrorisme. Etrange paradoxe que de voir l'ancien conseiller à la sécurité nationale du président Nixon obtenir ce jour-là un répit face à ceux qui lui demandent des comptes au nom d'une justice internationale qui n'a de sens que si elle est universelle.

Le Nobel de la paix en 1973

Pour éclairer la part d'ombre du Prix Nobel de la paix 1973, les auteurs mêlent témoignages des acteurs clés de cette époque et images d'archives. Le mélange est brutal: bombardements illégaux de civils cambodgiens en 1972, attitude cynique de Kissinger face à l'invasion du Timor oriental par l'Indonésie en 1975, son implication, enfin, dans le renversement d'Allende en 1973 au nom d'intérêts idéologico-économiques.

Cette «part d'ombre, commente Seymour Hersh, figure tutélaire du journalisme américain, est très, très noire». «Années après années, beaucoup de gens ont tenté de s'en prendre à lui, et le fait qu'il ait pu se défiler si longtemps fait honte à la profession.» Les promoteurs d'une justice internationale, eux, entendent bien inverser la logique.

Le cas Kissinger, de Alex Gibney et Eugène Jarecki, 2002, Maison des Arts du Grütli, Genève, 20 h 15. La projection est suivie d'un débat sur le thème de la justice internationale.