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«La Casa de Papel», c'est presque «Monnaie pleine»

La série espagnole imagine un braquage pour faire tourner la planche à billets. Au fond, elle rejoint des analyses d’économistes sur la nécessité de relancer la demande, et elle croise l’initiative sur la monnaie

Et si la Banque nationale donnait à tous les citoyens quelques milliers de francs, sans contrepartie, juste pour relancer la consommation? C’est la proposition de Michaël Malquarti dans son livre Pour un nouvel ordre monétaire, récemment édité chez Slatkine, que Le Temps a évoqué il y a quelques jours.

Le gestionnaire d’actifs déplore la faiblesse de la reprise économique depuis la crise de 2008. Face à l’expansion du crédit accordé par les banques, cette monnaie créancière qui semble lancée sur une pente savonneuse, l’analyste oppose l’idée d’une «ration monétaire»: sans hausse de la dette publique, ni bond des salaires, une banque nationale octroierait aux citoyens un bonus à dépenser, pour stimuler la demande.

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Le professeur plaide pour la planche à billets

C’est peu ou prou le programme du professeur de La Casa de Papel. Passé la vile cupidité des protagonistes du hold-up à Madrid, la série phénomène achetée par Netflix repose sur ce discours de résistance tenu par le professeur. Envahir les locaux de la Banque nationale espagnole pour faire, littéralement, tourner la planche à billets serait une forme de libération du peuple asservi par la haute finance.

Le créateur de La Casa de Papel, Alex Pina, explique ce pan de sa série à travers le recours à Bella Ciao, mantra musical du feuilleton, chanson de résilience politique.

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Le génie financier d’une série

Il est amusant de penser à cela dans le contexte actuel de la votation du 10 juin. L’initiative dite «Monnaie pleine» prône la contraction de la création d’argent à la seule BNS, en brimant l’accroissement jugé incontrôlé du crédit bancaire. C’est une forme de souverainisme monétaire qui n’est pas sans rappeler l’impression des billets d’euros dans la série espagnole.

Le génie de La Casa de Papel, dans une lecture économique, est de réunir les économistes keynésiens et les partisans d’un resserrement drastique de l’émission de valeur. La braqueuse Tokyo et le reste du gang semblent moralement en droit de vouloir s’arroger un peu de pouvoir d’achat; le professeur légitime le tout en visant l’institut national d’émission. Décidément, la série aux masques de Dalí rassemble tout le monde.


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