Exposition

Le catalogue de meubles de Berclaz de Sierre

L’artiste joue avec les noms donnés aux meubles et aux objets dans les catalogues et les magasins pour former des noms de célébrités. Une installation ludique et inquiétante à voir à Sion

L’art de Berclaz de Sierre consiste en grande partie à jouer avec les noms propres, à commencer par le sien, forgé en 1986 alors qu’il était encore étudiant à l’Ecole supérieure d’art de Genève. C’est la rencontre avec un homonyme, artiste peintre à Paris, qui l’a fait se caractériser ainsi par un lieu autant que par un patronyme. Depuis, bon nombre de ses recherches explorent ces questions onomastiques. A quelles histoires notre nom nous relie-t-il? Peut-il forger un destin? Ou même peut-être faire vendre un objet? L’exposition à la Ferme-Asile de Sion exploite encore cette veine.

Draps Victor et rideau Hugo

On pénètre dans la grange réhabilitée en salle d’exposition comme dans un magasin de meubles, ou dans les pages d’un catalogue. De l’entrée à la salle de bain, du salon à la chambre à coucher, tout est propre, lisse, et surtout étiqueté. C’est d’ailleurs là, dans l’étiquette, que prend sens l’installation. Tel que l’artiste l’a dégoté chez Ikea, Micasa et autre chaîne, chaque objet a son nom. Et tout l’agencement consiste à former des duos qui vont impliquer de nouvelles références.

Ainsi, les crochets en plastique Lee sont posés sur le siège Bruce, les couverts Primo sur le tee-shirt Levi, les draps-housses Victor avec le rideau de douche Hugo. Et tout cela en trois dimensions, mais aussi en images, parodies du monde publicitaire, alignées au mur ou en clip sur un moniteur. Se dessinent ainsi d’étranges portraits qui relient entre eux nos envies consuméristes et les célébrités les plus variées. Berclaz de Sierre parvient même à esquisser des récits, des ébauches de synopsis quand les draps Sofia et Allen voisinent avec le pyjama Woody et la lampe Loren…

Cet appartement peuplé de stars de cinéma, d’écrivains, d’artistes contemporains aussi, tous ramenés à de simples objets, donne sur une cour où sèchent les maillots d’une étrange équipe de foot. Là aussi, l’artiste part de la réalité – tous ces joueurs ont fait la gloire de leurs clubs respectifs – pour composer une équipe avec Parola, De Santo, Madonna, Santacroce, Di Dio… Il n’y a qu’un certain Pagano qui fait un peu tache au milieu de ce team digne du Vatican, avec des maillots noirs dignes des curés.

Jardin de curé que voilà? On pourrait le croire avec ce petit cimetière au fond de la cour dont tous les habitants s’appellent Personne ou Niemand. Des noms de famille existants, bien sûr, et qui créent encore un contraste, un peu effrayant, avec tous les objets nommés de l’appartement.

«Triplex», Berclaz de Sierre, à la Ferme-Asile, Sion. Jusqu’au 30 juin. www.ferme-asile.ch

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