Née fourmi, elle aurait préféré être cigale, c'est-à-dire ne pas toujours voir les êtres par leur petit côté, ne pas débusquer aussitôt chez l'autre ses plus mesquines pensées, ne pas économiser jusqu'à ses mots. Cigale, Catherine Cusset aurait écrit des romans pleins de grands sentiments au lieu de ces Confessions d'une radine, un peu terrifiantes dans leur mise à nu d'une véritable obsession de la dépense, au sens financier et symbolique du terme. Pourquoi payer pour une chose qu'on peut avoir gratuitement: en volant à 10 ans des crayons et des gadgets au supermarché ou en piquant à l'âge adulte, devenue enseignante, un livre dans une librairie? Pourquoi rater une bonne affaire quand personne ne saura que vous avez acheté tel cadeau à bas prix, et pourquoi partager une addition quand on peut l'éviter? Oui, pourquoi, sinon par mesquinerie, calcul ou crainte d'être dupe, ce défaut bien français selon Baudelaire. Qu'elle se montre en piètre négociatrice de ses talents d'écrivain ou au contraire en investisseuse immobilière avisée, la romancière de La Haine de la famille, partagée entre la haine du matériel et la passion de la possession, ne cache rien de ses difficiles rapports avec l'argent.