jazz

Catherine Russell, dynastiquement vôtre

La chanteuse éblouit dans un répertoire au passéisme transcendé

Genre: JAZZ
Qui ? Catherine Russell
Titre: Strictly Romancin’
Chez qui ? (World Village/Musicora)

Impossible de ne pas voir en elle la fifille de son historique papa, le pianiste Luis Russell dont le big band fut, comme chacun ne sait plus, la formation régulière de Louis Armstrong pendant l’une de ses périodes les plus riches en chefs-d’œuvre. Dévotion filiale ou non, Catherine Russell déterre ici quelques rengaines que plus personne aujourd’hui ne semble connaître: «Under The Spell Of The Blues» d’Edgar ­Sampson, «Ev’ntide» de Hoagy Carmichael (l’un des fleurons, justement, de la collaboration Armstrong-Luis Russell cuvée 1936), «I’m Checkin’Out, Goom’Bye» du tandem Ellington-Strayhorn.

Optant comme dans ses trois précédents disques pour un traitement à l’ancienne, misant sur la présence structurante et quasi respiratoire d’une guitare rythmique, et limitant sévèrement la durée de chaque interprétation, Miss Russell cultive lucidement l’anachronisme. D’où l’impression d’avoir exhumé une pile de vieux 78 tours égarés dans les tiroirs d’une major peu portée sur le patrimoine (presque un pléonasme). Tout cela pour insinuer que le salut est dans le rétroviseur?

On peut lui faire ce procès. Elle le gagnerait haut la main en objectant que rien chez elle ne relève de la pose étudiée, que son naturel sauvage est le meilleur gage de sa sincérité, et qu’après tout on peut peindre avec talent des toiles figuratives après Picasso – ou alors l’histoire du jazz ne vaut pas mieux que celle, strictement évolutive, du grille-pain. En vertu de quoi l’accusée est acquittée et son dernier disque versé au dossier comme pièce à conviction lumineuse.

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