Classique

Cédric Pescia «en mission» à Kléber-Méleau

Le pianiste lausannois s’entoure d’amis musiciens pour une série de concerts autour de compositrices et compositeurs méconnus de la première moitié du XXe siècle dans le théâtre que dirige Omar Porras. Le Quatuor Hermès fait partie de l’aventure

Des musiques rares? Oui, servies par des interprètes rares. Comme chaque printemps, Cédric Pescia s’entoure d’amis musiciens (dont le remarquable Quatuor Hermès) pour une série de concerts au Théâtre Kléber-Méleau de Renens. Ce qu’il y a de passionnant, c’est que le pianiste lausannois a choisi de mettre en lumière des œuvres par des compositeurs en marge de la célébrité, dont les noms nous sont pourtant pour la plupart familiers.

Ces compositeurs ont vécu à une période de grande incertitude durant la première moitié du XXe siècle. Ils ont été tributaires des guerres et de l’exil – certains d’entre eux déportés dans des camps de concentration pour y être exterminés. Et chacun (chacune) avait une flamme en lui (en elle). Qu’il s’agisse d’Alexander von Zemlinski, d’Erich Wolfgang Korngold, des Tchèques Erwin Schulhoff et Gideon Klein, d’Ernest Bloch ou de Szymanowski (pour n’en citer que quelques-uns), ces musiciens ont tous développé une fibre personnelle et un langage à part, doté d’une forte empreinte individuelle.

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Enescu comme détonateur

Cédric Pescia explique qu’en marge du grand répertoire (Bach, Beethoven, Schumann…), il s’est toujours intéressé à ces compositeurs restés dans l’ombre des grands noms du XXe siècle. «Le plus grand détonateur, ça a été George Enescu avec sa Troisième Sonate pour violon et piano, que j’ai jouée et enregistrée avec ma femme, Nurit Stark.» Il évoque aussi Ernest Bloch, compositeur suisse en quête de son héritage hébraïque qui partage des points communs avec Enescu, dans la mesure où l’un comme l’autre sont allés aux sources de leurs racines.

L’entre-deux-guerres a généré une créativité hors norme. «C’est la période de l’éclatement de la tonalité, de la recherche d’un folklore et d’un patrimoine musical. La plupart de ces compositeurs ont fait un chemin vers leurs racines, à la racine de leur patrie musicale et d’autres musiques populaires – ce qui les rapproche, malgré des parcours fort diversifiés.» Et de résumer le propos en une question: «Comment continuer à s’exprimer avec un langage qui est en train de s’éclater? Le retour aux sources musicales a souvent été une réponse pour les compositeurs.»

Dévouement et passion

On imagine l’immense tâche que représente l’assimilation d’œuvres jouées la plupart pour la première fois. «Ça implique un dévouement total, c’est presque comme une mission pour défendre des compositeurs majeurs mais qui n’ont pas encore réussi à entrer au grand répertoire.»

Omer Bouchez, premier violon du Quatuor Hermès, le confirme. «Nous avons bien sûr préparé nos partitions, nous avons déjà répété avec Cédric Pescia à Paris, mais le gros du travail se fait sur place durant la semaine de concerts. Nous jouerons le Quintette pour piano et cordes no 1 d’Ernest Bloch avec Jean-Sélim Abdelmoula, que l’on ne connaît pas et que l’on se réjouit d’apprendre à connaître!» Omer Bouchez cite aussi le Quintette de Korngold, une œuvre «hyper-lyrique et quasi symphonique» dans son écriture. «Ça m’a fait penser à Don Juan de Strauss, avec des harmonies qui flattent un peu plus l’épiderme. Il y a beaucoup de notes, c’est assez compliqué à monter!»

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Femmes compositrices

Au sein d’un programme très riche (Janacek, Koechlin, Veress…), il y a aussi des femmes compositrices, comme la Russe Zara Levina (1906-1976) et l’Anglaise Rebecca Clarke (1886-1979), auteure d’une splendide Sonate pour alto et piano mise à l’honneur par l’altiste américaine Melia Watras lors du concert d’ouverture (mercredi 22 mai à 20h). «Quand j’ai présenté ce projet à mes collègues musiciens, tout le monde était enthousiaste, raconte Cédric Pescia. Bien sûr, c’est un gros travail à mener, mais je me réjouirais que les musiciens jouent ensuite ces œuvres ailleurs.» Les répétitions, qui se succèdent à un tempo effréné depuis dimanche à Kléber-Méleau, se poursuivront jusqu’à la dernière note, avec en point d’orgue le Quintette no 1 d’Ernest Bloch – le compositeur genevois étant programmé à chaque concert. Une initiative audacieuse que l’on aimerait voir davantage entreprise ailleurs.


Musiques rares (1910-1958), Cédric Pescia et ses amis musiciens, au Théâtre Kléber-Méleau à Renens. Me 22, je 23, ve 24, sa 25 à 20h, di 28 à 17h30. Rens. 021 625 84 29, www.ensemble-enscene.ch

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