Photographie

Cédric Widmer reçoit le premier Grand Prix de l’Enquête valaisanne

Le photographe a été sélectionné parmi neuf candidats, dont les travaux sur la notion d’identité sont exposés au Château de Saint-Maurice

Pour la première fois cette année, l’enquête photographique valaisanne est couronnée d’un prix. Cédric Widmer a été récompensé ce vendredi soir, à l’occasion du vernissage de l’exposition consacrée à cette quatrième édition. Il reçoit 2500 francs en plus des 3500 remis à chacun des candidats sélectionnés pour travailler sur la thématique. Après transhumance, nuance et tendance, le sujet était celui de l’identité.

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Le Vaudois a choisi de confronter l’homme et la nature à Zermatt, la tradition et la modernité, sans passer par la case Cervin. Gonflé pour une enquête sur ce qui fait le Valais! Un petit mazot perdu au milieu des immeubles répond à une roche émergeant du bâtiment des remontées mécaniques. La ville lèche les flancs des montagnes, parsemée de sapins. Le passage des skieurs laisse des dessins sur la neige. Et la réflexion s’engage sur la préservation des paysages face à la pression touristique et économique, une donnée bien locale.

Huit autres artistes ont participé à cette enquête, dont les images seront remises à la Médiathèque de Martigny. Tous sont exposés sous les combles du Château de Saint-Maurice. «Je trouvais intéressant de montrer ces travaux sur l’identité valaisanne à deux pas de la frontière», s’amuse Daniel Stucki, président de l’association eq2, à l’origine du projet. Pour la première fois, le comité produit les tirages et chaque photographe est soumis à un traitement différent. «Nous voulions sortir des cadres identiques pour tous, pour des questions d’espace, de coûts, d’affinités et de scénographie», admet l’organisateur.

A l’entrée de l’exposition, Jean Revillard bénéficie d’un très grand format et d’une dizaine de petits. Le Genevois a travaillé sur les Valaisans expatriés à l’autre bout du Léman, deuxième capitale du canton rouge et blanc, dit-on. Dans différents bistrots, il photographie tout en pâleur la décoration rappelant la région montagnarde: cloches, drapeaux, sculptures évoquant les masques du Lötschental ou chaudron à brisolée.

A côté, Olivier Lovey joue sur la gamme des noirs. Le trentenaire a réussi à pénétrer le monde des «Snakes», les Hell’s Angels valaisans. Dans leur bar QG, entre bouteilles de whiskey, faux serpents, dague et menottes, un panneau donne le ton: «Ce que tu vois ici, Ce que tu entends ici, Tu le laisses ici, Quand tu pars d’ici». Quelques-uns, pourtant, ont accepté de poser à visage découvert, parés de leurs tatouages et blousons de cuir. Les modèles sont photogéniques, la maîtrise de la lumière parfaite.

François Schaer présente aussi son lot de tatoués. En diptyques, il confronte des portraits de Valaisans – sur fond blanc – avec les photographies des dessins qui ornent leur peau – sur fond noir. Parfois, la coupe de cheveux et le vêtement racontent une histoire, le tatouage une autre. Les motifs et les parties du corps marquées se répètent. Ou pas; un jeune blond a voulu inscrire de façon indélébile les armoiries de Martigny sur son bras droit, entourées des étoiles rouges valaisannes.

Approche beaucoup plus personnelle, Julie Langenegger traque au Québec, où elle vit désormais, les réminiscences du canton qui l’a vue grandir. C’est le portrait d’un dénommé Christian Constantin ou d’un Saint-Bernard. Des autocollants collés sur une plaque minéralogique dont le slogan «Je me souviens» prend alors une autre dimension. De la raclette glissée sur une portion de frites façon poutine; «le meilleur des deux mondes», dit la légende. Ou des tas de neige sur un parking poétiquement transformés en paysage de montagnes.

Jay Louvion s’est penché sur le projet d’une grand-mère danoise rénovant son chalet du Val d’Illiez selon les méthodes traditionnelles de la région. On voit la dame ou les artisans à l’œuvre, un garçonnet évoquer la postérité.

Marc Renaud, avant-dernier contributeur de l’enquête fribourgeoise, s’intéresse lui aux résidants des cinq plus petits villages du canton. Il les fait poser en groupe, ajoute une vue de la maison de commune et un portrait du président. A Bister, qui détient le record de la bourgade la moins peuplée, 33 habitants sont postés à un carrefour. Presque tous ont les cheveux blancs.

Dans son esthétique sombre et très contrôlée, Anne Golaz interroge avec brio les contes et légendes du Val d’Anniviers. Un homme semble parler à un loup, un autre porte un agneau sur les épaules. Un tronc d’arbre est brisé, un christ saigne.

Vincent Levrat, enfin, offre une série nommée «Indice», dans laquelle il glane des éléments qui racontent la région, par petites touches: étal d’abricots la nuit, retenue d’eau en montagne, train que l’on imagine à crémaillère…

Transformation du territoire, rapport très fort au bled – à la manière des Bretons chez nos voisins hexagonaux, gestion du tourisme, petites communautés dans la grande ou maintien des traditions sont autant de thématiques abordées. Cette diversité de formes et de contenus sied bien à la notion d’identité, forcément multiple, là où le résultat de la précédente enquête sur les «tendances» semblait un peu fourre-tout.


A voir

Enquête photographique valaisanne sur l’identité, jusqu’au 13 novembre au Château de Saint-Maurice (parallèlement à l’exposition Marsupilami). Edition d’un catalogue.

Rencontre avec les photographes à l’occasion de la Nuit des musées le 12 novembre.


Le Prix Photoforum Pasquart 2016, doté de 5000 francs, sera remis à la jeune bernoise Youqine Lefèvre, pour sa série «far from home» sur des enfants séparés de leurs parents.

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