Celia Cruz chantera ce soir sur la grande scène de Paléo. Celle qui, depuis les années 70, incarne la salsa ne pouvait faire son apparition que de l'autre côté du cadran, à l'heure où le temps ne compte plus, où l'on peut croire à une échappée vers autre chose. La voix de Celia Cruz exprime la nique au destin que représente toujours une fête vécue jusqu'au bout. Avec son timbre légèrement fêlé, son coffre surpuissant, ses graves masculins, la star cubaine donne la chair de poule. Et fait danser, danser. Sous ses robes en lamé, ses plumes de revues désuètes, Celia Cruz entonne ses tubes d'anthologie qui ont défini un genre, rit comme une sorcière amoureuse et fait battre ses cils recourbés au fer.

A l'arrivée de Fidel Castro, la chanteuse choisit l'exil comme beaucoup. En traversant les fameux miles qui séparent la grande île de la côte américaine, Celia laisse derrière elle quinze ans de carrière exemplaire. Quand la révolution la cueille, elle est en effet une des figures de l'âge d'or musical cubain que sont les années 50. C'est l'époque où les groupes de son traditionnel vivent une mue qui annonce la salsa. Pour aller vite, les cuivres font leur entrée en scène sous l'influence des jazz-bands américains et dopent le rythme. L'ensemble La Sonora Matancera vit au plus près cette évolution et Celia est leur étoile…

En 1960, Celia Cruz pose donc le pied sur le sol américain. Toute La Sonora Matancera en fait de même. Mais les chemins de la chanteuse et de ses musiciens se séparent. Certains musiciens cubains, parmi les plus grands, vont disparaître dans la gueule de la Nueva York cannibale. Celia Cruz, elle, y connaît un nouveau départ. Tonitruant. Elle croise la crème des musiciens de jazz latino que sont Tito Puente et Johny Pacheco. Le Portoricain Puente, roi des timbales et du vibraphone, qui a connu Glenn Miller pendant la guerre et suivi les cours de la Julliard School, est le premier à faire des percussions l'élément phare de ses groupes. Et la voix de Celia Cruz colle à merveille à ce choix précurseur. Elle signe huit disques avec le percussionniste.

Mais c'est avec le flûtiste Johny Pacheco que Celia Cruz acquiert le statut de Reine de la Salsa. Johny Pacheco est l'âme des Fania All Stars, un groupe à géométrie variable qui réunit, au début des années 70, les meilleurs musiciens de la salsa naissante que sont Ray Baretto ou Hector Lavol. Le talent des musiciens, le déchaînement des cuivres alliés à la voix et à la personnalité de Celia Cruz produisent une salsa stupéfiante de force et de sensualité. Les Fania All Stars incarnent bientôt le genre musical aux quatre coins du monde et Celia Cruz en est l'icône. La chanteuse propulse la salsa dans le grand public et chez les non-latino. Huit disques d'or viennent ponctuer cette réussite.

Celia Cruz poursuit aujourd'hui sa carrière de star avec la même chaleur qu'à ses débuts, soutient la nouvelle génération (la chanteuse India ou le chanteur José Alberto «El Canario» qui se produit avec elle ce soir). Et porte toujours des robes insensées.

Celia Cruz samedi 24, Grande Scène, 00h15.