Cendrillon, pas si courge qu’on le craignait

Conte de fées Disney fait un remake du dessin animé de 1950. Avec Cate Blanchett

Est-ce pour réenchanter le monde? Rafraîchir une œuvre vieillie? Ou juste faire exploser le tiroir-caisse? Depuis quelques années, Disney a entrepris d’adapter ses dessins animés classiques en prises de vue réelles. Après l’Alice de Tim Burton et Maléfique, spin-off de La Belle au bois dormant, en attendant Le Livre de la jungle, La Belle et la Bête et Dumbo, voici Cendrillon.

Sorti en 1950, l’original est le plus faible des dessins animés de cette époque faste. Pour compenser un graphisme fluet, des personnages fades, des chansons mièvres, le scénario fait la part belle à une ribambelle de souris malicieuses. Le remake s’avère plus intéressant.

L’axe Shakespeare-Grimm

Issu du théâtre shakespearien, Kenneth Branagh promettait beaucoup il y a vingt ans. Il a gâché son talent et on pouvait le penser carbonisé. Le gentleman a de la ressource, il le démontre dans ce Cendrillon éhontément kitsch mais honorable en matière de dramaturgie.

Evacuant les rongeurs facétieux, le réalisateur se concentre sur les personnages, en invente au besoin, comme l’Archiduc (Stellan Skarsgard, parfait en traître d’opérette), développe des éléments psychologiques absents du conte originel. Le château, d’inspiration danoise, doit beaucoup à celui de La Reine des neiges. La métamorphose de la citrouille en carrosse est bien menée, l’erreur de la pantoufle assumée: elle n’est plus de vair, mais de verre, une monstruosité taillée dans du cristal de bazar.

Dans le dessin animé, la marâtre est une femme maussade, terne, grisonnante. Dans la nouvelle version, c’est Cate Blanchett, sensuelle, impérieuse, glorieuse, plus formidable que jamais! Si Cinquante Nuances de Grey reprend la trame du conte de Grimm, il n’arrive pas au dixième de la charge érotique de ce film estampillé Disney. Entre la marâtre et l’orpheline, confinée dans le donjon, s’instaurent des rapports sadiens de domination. Quant à la première rencontre entre la jeune héroïne (lumineuse Lily James, repérée dans Broken) et le Prince charmant, on voit voler les phéromones.

En apéritif, un court-métrage d’animation formidablement bizarre: la Reine des neiges… prend froid! Chaque fois qu’elle éternue, elle suscite des embryons de bonshommes de neige, quatre boules hilares qui se répandent comme des microbes givrés…

V Cendrillon (Cinderella), de Kenneth Branagh (Etats-Unis, 2015), avec Cate Blanchett, Lily James, Helena Bonham Carter, 1h45.