classique

«Cendrillon» et ses perles mélodieuses

L’opéra de Massenet, adapté du conte de Perrault, séduit par sa musique riche en sentiments. Joyce DiDonato et Alice Coote y rayonnent dans une mise en scène de Laurent Pelly

Genre: opéra
Qui ? Jules Massenet
Titre: Cendrillon
Chez qui ? (2 DVD Virgin Classics/EMI)

Massenet, c’est surtout Manon et Werther. Le monde de l’opéra se cantonne à ces deux chefs-d’œuvre alors que le compositeur français (1842-1912) laisse 31 ouvrages au total! Mélodies vaporeuses (la célèbre Méditation de Thaïs), orchestrations suaves et bien troussées, parfums d’un autre temps: sa musique passe pour être un peu facile. Elle est victime du mépris de certains puristes. On en oublie que Massenet était considéré comme le plus important compositeur d’opéras français de son temps. Malgré un élargissement du répertoire ces dernières années – et même si Renée Fleming a toujours défendu Thaïs –, le centenaire de la mort de Massenet passe quasi inaperçu.

Cette Cendrillon captée à Covent Garden, à Londres en juillet dernier, bien dirigée par Bertrand de Billy, remet les pendules à l’heure! Elle permet d’apprécier l’incroyable talent de Massenet à manier des styles très différents. De la musique du XVIIIe siècle, qu’il parodie dans les scènes de ballet, à un langage qui lorgne du côté de Rossini, Wagner, Strauss (la luxuriance de l’orchestration) ou Debussy (les textures irisées), on a là toute une palette de couleurs. Portée par les voix radieuses de Joyce DiDonato (Lucette/Cendrillon) et Alice Coote (le Prince Charmant), cette mise en scène de Laurent Pelly (qui signe les costumes glamour) raconte avec efficacité et sourires le conte de Perrault adapté par Henri Cain. Certes, le livret est parfois consternant de platitude, mais l’essentiel est dans le rythme soutenu de la partition et la vérité des sentiments que partagent les protagonistes.

Tout part d’un grand livre relié à ciel ouvert, aux pages jaunies et aux dorures kitsch. Le metteur en scène français joue sur le lettrage: sitôt le rideau levé, on voit apparaître les premières phrases du conte («Il était une fois…») écrites sur de grands panneaux mobiles (décors de Barbara de Limburg). Cendrillon survit au sein d’une famille recomposée dominée par sa méchante belle-mère (Madame de la Haltière) qui la tient à distance et la méprise. Le père de Cendrillon, Pandolfe (l’impayable Jean-Philippe Lafont dont on pardonne les trémulances), souffre lui aussi d’être la risée de cette marâtre (formidable Ewa Podles qui tire parti de ses sons poitrinés). Secourue par la Fée Marraine (pulpeuse Eglise Gutiérrez aux élégantes vocalises, quoique très instable dans l’aigu), la jeune fille transformée en beauté parviendra au bal. Face à ses deux demi-sœurs habillées d’un rouge extravagant (on dirait des bonbonnières), elle gagne le cœur du Prince. C’est un coup de foudre qui réunit deux âmes perdues, deux enfants appelés à naître à eux-mêmes et à devenir adultes.

Rien de hautement métaphysique dans l’opéra de Massenet. Dans ce «conte de fées» (le genre auquel Cendrillon est rattaché), ce sont les battements de cœur qui comptent. La musique exprime les sentiments naissants par un savant alliage entre les voix féminines et des instruments solistes (cor anglais, flûte, violon solo, etc.). Deux duos, à la fin du deuxième acte et à la fin du troisième, exacerbent la veine mélodieuse de Massenet. La combinaison des deux mezzos ajoute une touche d’ambiguïté – bien que les rôles soient bien définis: Joyce DiDonato féminine et lyrique, Alice Coote «virile» et incandescente (avec un léger strabisme!). Le duo entre Cendrillon et son père, lequel vient consoler sa «Lucette», recèle une délicate fibre sentimentale. Et toutes les scènes d’apparat ont un éclat qui fait scintiller l’orchestre sur des danses habilement chorégraphiées (Laura Scozzi).

Certes, Laurent Pelly ne signe pas sa mise en scène la plus inventive. La musique de Massenet a ses simplismes (y compris un «Finale» très court, faible dramaturgiquement), mais le spectacle est si plaisant à voir – et à entendre surtout – qu’on le visionne avec la candeur d’un(e) enfant(e).

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