La censure russe distingue un bien piètre film

Thriller «Enfant 44» est surtout sinistre

La semaine dernière, un réveil de la censure poutinienne s’est confirmé avec le refus d’accorder une licence d’exploitation à Enfant 44, thriller euro-hollywoodien qui se joue dans l’URSS stalinienne, pour cause de «distorsions historiques». Un signal inquiétant pour la liberté d’expression en Russie. Mais qui frappe un film dont le vrai scandale est la profonde médiocrité.

Il s’agit là de l’adaptation du premier volet d’une trilogie à succès de l’écrivain anglais Tom Rob Smith, qui s’inspire librement du cas d’Andreï Tchikatilo, «le monstre de Rostov». En 1952, l’agent de la police secrète Leo Demidov se retrouve chargé de classer l’affaire d’un enfant assassiné, Staline ayant décrété que le crime ne peut exister dans le parfait Etat communiste. Gagné par le doute, il tombe en disgrâce et se lance avec sa femme dans la traque d’un probable tueur en série…

Le meilleur du film a trait au régime de terreur stalinien, qui fausse jusqu’au couple Demidov. Mais la mise en scène à la limite de l’incompétence du Suédois Daniel Espinosa (Easy Money, Safe House) flanque tout par terre. Privé de sens du cadre, du rythme et du décor (trouvé en République tchèque), Enfant 44 ne génère ni suspense ni émotion malgré ce contexte dramatique et d’excellents comédiens. Un spectacle mortifère, sans âme, produit par Ridley Scott? Seuls les naïfs s’en étonneront.

U Enfant 44 (Child 44), de Daniel Espinosa (Etats-Unis – Royaume-Uni, 2015), avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman,Joel Kinnaman, Paddy Considine, Vincent Cassel, Jason Clarke. 2h17.