Un changement est affaire de symbole. Mathieu Menghini, nommé récemment à la tête du Centre culturel neuchâtelois, l'a bien compris. Pour inaugurer son mandat, le jeune homme, 28 ans, a choisi d'habiller de grenat le Journal du Centre. Il a aussi opté pour une parution mensuelle, afin que la revue colle vraiment à l'actualité du Théâtre du Pommier. Le capitaine a fait plus: il a demandé au scénographe Pierre Gattoni de réaménager l'espace, en valorisant notamment son plafond voûté, histoire de transformer cette salle intime en barrique de vin.

Un beau tonneau ne fait toutefois pas un vin délectable. Mathieu Menghini, qui a étudié la littérature française et l'histoire à l'Université de Neuchâtel, a donc veillé à la qualité des cépages. Il a imaginé une série de têtes de chapitres, qui donneront chaque mois le ton. Autour d'un thème donné, il proposera mensuellement une série d'événements, qui iront du spectacle au stage, en passant par la conférence ou l'exposition. «Nous voulons sensibiliser les spectateurs à la beauté, mais aussi susciter des approches plus pointues autour d'une problématique esthétique, culturelle ou politique», explique Mathieu Menghini. «Nous nous adressons aussi bien au curieux qui veut se divertir qu'au passionné désireux d'approfondir une question.»

Dans les actes, ce souci de marier divertissement et connaissance donne un premier mois gourmand. Et puisque Mathieu Menghini a le sens des symboles, il a décidé, pour ses débuts, de se pencher sur les origines du théâtre. Il a ainsi invité notamment Jean-Louis Hourdin, l'une des figures les plus fraternelles de la scène contemporaine française. L'artiste dira ainsi, mercredi 30 août, la source de ses engagements, entre chuchotements et désir d'insurrection dans Ça respire toujours. Autres écorchures assurées avec Monsieur Artaud, vous délirez! (15 et 16 septembre), salut au poète incendiaire du Théâtre et son double signé par une troupe de Saint-Etienne. Troisième acte: Le Tunnel du fou de notre confrère Henri-Charles Tauxe, qui met en scène Nietzsche, Freud et l'incandescente Lou Andreas-Salomé. Les comédiens Jacques Roman et Delphine Horts livreront la prose du journaliste les 22 et 23 septembre. Côté plaisir de la connaissance, l'universitaire français Paul-Laurent Assoun viendra parler de Freud et de Nietzsche, le 22 septembre après la représentation.

«Je voudrais que la salle du Pommier devienne un vrai forum, ouvert au plus grand nombre», confie encore Mathieu Menghini. Une place importante devrait ainsi être faite à des questions de société. «En tant que fils d'immigré, j'ai toujours été très sensible aux questions sociales. J'ai donc bien l'intention de développer des liens avec des catégories de la population qui ne vont pas forcément au théâtre, les chômeurs par exemple. Je suis pour une culture qui irrigue en profondeur la société.»

Centre culturel neuchâtelois, Neuchâtel, loc. 032/725 05 05.