Nomination

«Le Centre culturel suisse à Paris sera voyageur»

Le Franco-Suisse Jean-Marc Diébold dirigera le CCS à partir du 1er octobre 2018. Ce grand connaisseur de la scène lève le voile sur ses projets, son ambition notamment de déployer les activités de la maison à travers Paris et l’Hexagone

Il a longtemps attendu dans son bureau à Berlin. Depuis cet été, le Franco-Suisse Jean-Marc Diébold espérait un signe de la maison blanche, celle de Pro Helvetia à Zurich. Il savait qu’il était retenu dans la short list des candidats à la direction du Centre culturel suisse à Paris, cette vitrine logée au cœur du Marais; il savait aussi que son projet figurait en haut de la pile – quelque 110 postulants, suisses et internationaux. Et puis son portable a vibré.

Lire aussi: En France, la Suisse existe grâce à son Centre culturel (décembre 2015)

«Ambassadeur des artistes»

La commission formée de membres de la direction de Pro Helvetia et d’experts l’a choisi lui, cet amoureux de la scène passé par les facultés d’histoire et de sciences politiques de Lausanne et de Genève; lui qui est chargé depuis trois ans de promouvoir les arts vivants made in France au sein de l’Institut français en Allemagne. «Ma mission est un peu celle d’un ambassadeur des artistes, je les soutiens auprès des institutions allemandes, je les fais connaître», explique-t-il d’une voix feutrée, presque timide.

«Ambassadeur», ce sera justement son rôle aussi à l’Hôtel Poussepin comme on dit, où il succédera le 1er octobre 2018 au tandem formé par Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser, deux amis de toujours soudés par la passion de l’art contemporain.

Le Temps: Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser ont donné une orientation «arts visuels» au CCS. Que voulez-vous changer?

Jean-Marc Diébold: Leur travail dans ce domaine est remarquable et j’entends maintenir ce niveau. Comme je ne suis pas un spécialiste, j’embaucherai un curateur ou une curatrice à 60% dès ma prise de fonction. Mon but est que d’autres disciplines, les arts vivants en particulier, mais aussi le jazz et la littérature, atteignent ce même niveau d’excellence. Pour cela, je nouerai à Paris et en France des alliances avec d’autres institutions, sur des projets précis. On peut ainsi concevoir des partenariats avec France Culture, le Théâtre de la Colline, Beaubourg, etc.

– A quoi ressemblera une saison type du CCS?

– Il y aura des focus sur des disciplines, un sur la photo, un autre sur les auteurs de théâtre, etc. Il s’agira à chaque fois d’exposer la vitalité d’un champ, d’attirer autour de ces plateformes le maximum de programmateurs pour diffuser ces artistes. Notre ambition est d’ouvrir de nouveaux marchés.

– Quel est le public cible du CCS?

– Les professionnels, ceux qui peuvent permettre à un créateur de prendre son envol. Mais aussi le grand public. Pour le faire venir, je tisserai des liens avec des institutions françaises de premier plan. Si nous consacrons notre premier focus aux auteurs dramatiques suisses, certains feront l’objet de soirées sur d’autres scènes à Paris, ce qui permettra de capter des spectateurs qui ne nous connaissent pas.

– L’Hôtel Poussepin sera en travaux dès 2020. Comment allez-vous maintenir votre activité pendant sa fermeture?

– Nous profiterons de cette période pour développer l’influence du CCS. J’ai en tête un tour de France, qui nous permettrait d’être présent une semaine à Marseille, une autre à Nantes, au Lieu Unique par exemple, ou encore à Lyon. Cette vie nomade devrait nous permettre de capitaliser des contacts et d’élargir encore les possibilités de diffusion.

– Quels sont les trois artistes suisses avec lesquels vous aimeriez converser jusqu’au bout de la nuit?

– Christoph Marthaler, ce mélancolique dont chaque spectacle trouble. Milo Rau, ce metteur en scène qui démonte les visions toutes faites de l’histoire récente. Et Stefan Kaegi, dont les dispositifs éclairent nos pratiques intimes.

– L’auteur qui a marqué votre adolescence?

– Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe et L’Etranger, puis toute son œuvre.

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