S'il a trouvé l'inspiration sur les hauts de Neuchâtel, dans le Vallon de l'Ermitage où il a vécu de 1952 à sa mort en 1990 à l'âge de 69 ans, Friedrich Dürrenmatt n'a guère été élogieux envers sa ville d'adoption. Il ne s'est pas intégré aux cercles culturels, qui le lui ont d'ailleurs reproché; il a aussi écrit que Neuchâtel est «un désert de pierres».

La ville n'est pas rancunière. Elle inaugurera en été 2000 un Centre Dürrenmatt, dans la propriété de l'artiste, perdue dans la forêt au-dessus du jardin botanique. Sa veuve Charlotte Kerr a convaincu Kaspar Villiger et la Confédération, en 1997, d'y aménager un musée. L'architecture a été confiée à Mario Botta. Le gros œuvre est achevé. Le budget de 6 millions devrait être tenu: la Confédération participe à hauteur de 3 millions, le canton de Neuchâtel de 2 millions et les sponsors fournissent un million. La ville versera 100 000 francs chaque année pour permettre son exploitation.

L'Office fédéral de la culture, d'entente avec la Ville de Neuchâtel, a désigné celui qui animera le centre: le Lucernois d'origine Walter Tschopp, conservateur du département des arts plastiques du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. Il partagera son temps entre le musée et la propriété dans laquelle Dürrenmatt a écrit l'essentiel de son œuvre.

«Je ne vais pas entretenir un mausolée au Vallon de l'Ermitage», lance Walter Tschopp, enthousiaste. «L'objectif est d'en faire un lieu vivant, présentant les analogies entre les arts plastiques et la littérature.» Il rappelle que Friedrich Dürrenmatt a non seulement écrit, mais aussi peint. «C'est son œuvre picturale qui sera exposée à Neuchâtel. On y trouvera aussi son immense bibliothèque. Mais ses archives littéraires resteront à la Bibliothèque nationale.»

Le Centre Dürrenmatt de Neuchâtel doit permettre à tout chercheur, suisse ou européen, qui s'intéresse à l'un des deux plus grands auteurs suisses alémaniques de l'après-guerre (l'autre étant Max Frisch) de se plonger dans l'univers sauvage dans lequel l'artiste créait. Il doit contribuer à mieux faire connaître Dürrenmatt à Neuchâtel et en Suisse romande.

L'ambition de Walter Tschopp consiste en outre à «créer un pont entre l'œuvre littéraire et picturale» de l'auteur de La visite de la vieille dame ou de La Panne. Il veut aussi ouvrir l'endroit à des expositions d'artistes pluridisciplinaires, «sans rapport avec Dürrenmatt. C'est passionnant de voir que les artistes disent les mêmes choses, au travers de supports différents.»