gravure

Le Centre de gravure s’expose

Les graveurs genevois sont réunis cet automne au Musée de Carouge autour d’un thème unique

Une belle ode à la gravure, telle qu’elle se pratique parmi les artistes genevois, se déroule cet automne au Musée de Carouge. Une première salle historique réunit des planches d’artistes réputés. Elles ont été imprimées en leur temps (sur près de vingt ans, entre 1966 et 1985), et collectionnées, au Centre genevois de gravure contemporaine ou CGGC, animé par Daniel Divorne à Malagnou: Antonio Saura, John M. Armleder, Luciano Castelli, Rolf Iseli, Pierre Alechinsky et quelques autres occupent cette salle, qui ouvre sur les propositions de plasticiens actuels, choisis sur concours.

Fondé par Charles Georg, Maurice Pianzola et plusieurs autres personnalités, le CGGC, dans le chalet qui lui était alloué, mettait à disposition des graveurs des ateliers (lithographie, sérigraphie, eau-forte et xylographie), des chambres, ainsi qu’un espace d’exposition. Ce lieu fréquenté de passionnés des techniques et de leur transmission a été fermé en 2000, et sa collection déposée au Cabinet des estampes, aujourd’hui Cabinet des arts graphiques. Le Centre d’édition contemporaine, dirigé par une nouvelle équipe, a en effet privilégié une tout autre approche et déménagé dans des locaux plus centrés.

Heureusement, l’histoire du Centre de gravure ne s’arrête pas là: créée dès 1999, l’association GE Grave s’est vu à nouveau confier les locaux du chalet de Malagnou, où elle a ouvert en 2001 son propre Atelier genevois de gravure. Ses membres, les résidents, ainsi que d’autres artistes de la place sélectionnés par un jury, participent à la présente exposition, sur le thème de la ou des Adresse(s). Un thème traité librement, et finement, au moyen d’expressions diverses, gravure sur bois, lithographie, sérigraphie, estampage, pochoir, monotype et vidéo.

C’est un plaisir et un soulagement de redécouvrir la qualité des planches exposées, les images et collages de Martha Jordan, qui combinent signes dynamiques et harmonies envoûtantes, les architectures minimalistes réalisées à l’aide du gaufrage par Eliane Gervasoni, espaces de silence sculptés dans la lumière jaune, les graffitis de Sabine Zaalene, pointes sèches au patin à glace (une technique mise au point avec Marc Jurt, excellent graveur aujourd’hui décédé), qui donnent des résultats surprenants.

Messages en images

On trouve aussi les portraits «de filles inconnues» signés Martin Sollberger, d’une finesse et d’une douceur particulières, qui passent par le noir le plus noir pour mieux se métamorphoser. Puis les panoramas, à l’horizon élevé, de Renée Furrer, avec rehauts dessinés, les personnages du ghetto urbain mis en scène par Anja Tchepets, un questionnement sur la notion de multiple, et de numérotation en général, par Darren Roshier, dans la série 1/20 … Il faudrait tout citer de ces «adresses» uniques en leur genre, dont aucune n’est vaine: heureux les destinataires de ces messages en images.

Adresse(s), gravures et images multipliées. Musée de Carouge, place de Sardaigne 2, Carouge. Ma-di 14-18h. Jusqu’au 3 février.

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