Cinéma

C’est à Lausanne que le cinéma se rencontre

La deuxième édition des Rencontres 7e Art Lausanne, ce rendez-vous imaginé par Vincent Perez, va «Au-delà des limites». Pour rendre le goût des salles obscures aux spectateurs égarés grâce à de grandes œuvres et en compagnie d’invités prestigieux

Alex, l’inquiétant héros d’Orange mécanique, plonge son regard insolent dans l’objectif. Maria, la gynoïde de Metropolis, crie. Le colonel Kilgore d’Apocalypse Now lance l’assaut… Ces images fondatrices, ces marqueurs de l’inconscient collectif seront sur les écrans des Rencontres 7e Art Lausanne. Au Beau-Rivage Palace, Vincent Perez présente la deuxième édition de ce rendez-vous dont il a longtemps rêvé et qu’il a enfin offert à sa ville natale, Lausanne.

Les Rencontres ne sont pas un festival de plus, axé sur la nouveauté, la découverte, et l’esprit de compétition. Leur modèle est à chercher du côté des Rencontres de la photographie d'Arles et du Festival Lumière de Lyon, ces événements permettant de (re)découvrir de grandes œuvres et de converser avec des créateurs. L’idée est de «tendre la main à un public qui ne va pas forcément au cinéma».

L’an dernier, la projection de Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino, en présence de Christopher Walken, avait soulevé la foule. Et Vincent Perez se souvient de spectateurs qui sortaient en pleurant de La vie est belle, de Frank Capra. «Il faut voir les films dans leur vrai format pour comprendre cette force exceptionnelle qui fait la grandeur du cinéma», rappelle le comédien.

Bretteur intrépide

Shining et 2001, l’odyssée de l’espace, de Kubrick, Fitzcarraldo, de Werner Herzog, Belle de jour, de Luis Buñuel promettent de transporter les cinéphiles «Au-delà des limites». Tout comme Blanche-Neige (le premier film en couleurs), Les valseuses (qui oserait produire un tel brûlot aujourd’hui?), Le Mans, ce docu-fiction sur la compétition automobile avec Steve McQueen à l’époque où chaque course faisait des morts, ou Solaris, de Tarkovski, explorateur de la conscience humaine…

Lausanne accueille de grands invités prestigieux, tels les réalisateurs Joel Coen, Jean-Jacques Annaud, Andreï Zviaguintsev, Jean-Paul Rappeneau (avec, petite mise en abyme, Cyrano de Bergerac, le film qui a révélé Vincent Perez), le producteur Jeremy Thomas, l’actrice et réalisatrice Agnès Jaoui, l’écrivain Paul Auster… Tous participeront à des conversations ouvertes au public.

Un talent fédérateur

«Ces rencontres sont à l’image de Vincent, généreuses et très ambitieuses», lance le malicieux Lionel Baier. Le responsable du département cinéma de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) a les mots justes. Jeune premier, bretteur intrépide (Cyrano, Fanfan la tulipe, Le bossu…), Vincent Perez est un rêveur pragmatique, un apôtre de la cinéphilie sachant fédérer les énergies. Il a pour sponsors BNP Paribas (qui finance la moitié de la production cinématographique française), le Beau-Rivage Palace, «notre maison mère». Il associe à la manifestation les quartiers, les institutions et les salles de Lausanne, le Flon, les cinémas Pathé, l’ECAL, la Cinémathèque suisse, l’EJMA, l’UNIL, l’Ecole hôtelière, l’EPFL…

Vincent Perez déplace les montagnes sans renier l’enfant qu’émerveillent les images animées. Il prend le temps de rapporter une anecdote de tournage (le jour où Depardieu a tout cassé dans la chambre de Rappeneau). Et quand il évoque Soleil vert (1973) de Richard Fleischer, un film dystopique dont l’action se situe en 2021, il s’inquiète pour la mer d’où toute vie risque d’avoir disparu d’ici à 2045.


Rencontres 7e Art Lausanne, du 7 au 10 mars.

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