Le Kunstmuseum de Winterthour propose régulièrement de réexaminer l'apport de peintres américains à l'évolution de l'art dans la seconde moitié du XXe siècle. Ce fut Willem de Kooning au début de cette année, Ellsworth Kelly en 2000. C'est Kimber Smith, cet automne.

Ce dernier artiste (décédé à 59 ans en 1981) démarre sa carrière au milieu des années 50. En plein essor de la première vague de peintres expressionnistes abstraits américains (Willem de Kooning, Robert Motherwell, Barnett Newman, Jackson Pollock, Clyfford Still, etc.). Une génération influencée par les cubistes et les surréalistes européens, mais dont ils s'affranchissent après les avoir découverts lorsque certains se réfugièrent aux Etats-Unis devant la montée des fascismes.

Plutôt que de s'inscrire dans la seconde vague expressionniste sur sol américain, des jeunes comme Kimber Smith viennent se tremper aux sources ayant imbibé la génération précédente. Né en 1922 à Boston, Kimber Smith s'installe à Paris dès 1954. Sa femme, Gabrielle Staub, épousée un an auparavant, a décroché le poste de correspondante en France de Life Magazine. Ils auront deux garçons nés en 1956 et 1958. Kimber occupera un atelier à Arcueil de 1962 à 1968, année où la famille regagne les Etats-Unis. L'artiste reviendra quelques mois à Paris en 1974, pour tenter d'enrayer, à l'Institut Curie, le cancer qui l'a pris à la gorge.

«Jazz» et «Snowballs»

Au contact des peintres rencontrés en France, ou à l'occasion de voyages en Italie et de plusieurs déplacements en Suisse – sa première exposition personnelle en Europe lui est organisée en 1959 à Berne par la galerie Klipstein & Kornfeld –, Kimber Smith découvre que l'expressionnisme n'est pas tellement affaire de gestualité, comme voudraient le faire croire ses compatriotes, mais dépend de la force que la couleur possède en soi. Aussi ses peintures glissent-elles de compositions de taches spontanéistes – suggérant par exemple une bataille de boules de neige (Snowballs, 1960) – vers des géométries plus apaisées mais aux imprégnations lumineuses. L'influence de Matisse apparaît en filigrane, en particulier celle des gouaches découpées de Jazz (publiées en 1947). Une affinité musicale qui va aider Kimber Smith à développer des peintures pleines de swing, une fois retourné en Amérique.

Kimber Smith, peinture 1956-1980. Kunstmuseum Winterthur, Museumstr. 52, tél. 052/267 51 62, www.kmw.ch. Ma 10-20 h, me-di 10-17 h.

Jusqu'au 21 novembre.