Le nanar à revoir (3/8)

C’est Peter Pan que Spielberg assassine dans «Hook»

Chaque jeudi de l’été, «Le Temps» revient sur un navet qui a marqué l’histoire du 7e art

Avocat d’affaires en Californie, Peter Banning (Robin Williams) n’a pas de temps à consacrer à ses enfants. Ceux-ci sont enlevés par le Capitaine Crochet à Londres, où la famille passe les fêtes de Noël chez mamie Wendy, une grande philanthrope. Sur ce, la Fée Clochette (Julia Roberts) vient apprendre au père stressé qu’il est Peter Pan. Il ne la croit pas, ayant tout oublié de ses jeunes années. Elle l’emmène de force au Neverland.

Dans Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (1991), des scénaristes se sont crus malins d’imaginer que l’enfant qui ne voulait pas grandir avait grandi. Steven Spielberg multiplie les citations (jeux d’ombre, espagnolette en forme de crochet…) pour renforcer chez le spectateur un sentiment de supériorité par rapport à ce ballot de Banning, si peu doué pour l’anamnèse.

«Sac de vomi aux fesses pendantes!»

Jeté sur l’île du Pays imaginaire, le businessman est raillé par la racaille des sept mers. Crochet (Dustin Hoffman) lui donne trois jours pour redevenir Peter Pan et l’affronter en duel. Parachuté parmi les Enfants perdus, le «gros vieux pépé» va subir un entraînement militaire et des épreuves salissantes afin de retrouver sveltesse et juvénilité. Dans un Luna Park boisé, il participe à des rituels de régression infantile comme le concours d’insultes («sac de vomi aux fesses pendantes!») ou la bataille de tartes à la crème bariolée. Et puis floup! un soudain brushing indique que Banning est redevenu l’enfant volant. Il fend les airs comme une fusée et réussit d’amusants loopings.

De toutes les couleurs, de tous les gabarits, les sauvageons sont exaspérants avec leurs mimiques de polissons réjouis. Robin Williams surjoue les joies retrouvées de la paternité. Complètement déconnectée, Julia Roberts, qui a été filmée sans partenaire sur fond bleu, fait peine à voir. Seul Dustin Hoffman suscite un peu d’intérêt en suborneur onctueux des enfants.

Du chef-d’œuvre délicatement mélancolique de sir James Matthew Barrie, l’auteur d’E.T. tire un barnum kitschissime carburant à la psychanalyse de Burgerland. Oscillant entre mélasse sentimentale et hystérie infantile, ponctué d’hilarants coups dans les testicules et de minutes poétiques frelatées, ce prodigieux ratage montre le pire de Spielberg (avec Le bon gros géant et Tintin, bien entendu).

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